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28/04/2012

"Il n'existe en effet qu'un entrelacement magnifique..."

" L'homme peu instruit, poursuit Djerzinski, est terrorisé par l'idée de l'espace ; il l'imagine immense, nocturne et béant. Il imagine les êtres sous la forme élémentaire d'une boule, isolée dans l'espace, écrasée par l'éternelle présence des trois dimensions. Terrorisés par l'idée de l'espace, les êtres humains se recroquevillent ; ils ont froid, ils ont peur. Dans le meilleur des cas ils traversent l'espace, ils se saluent avec tristesse au milieu de l'espace. Et pourtant cet espace est en eux-mêmes, il ne s'agit que de leur propre création mentale.

Dans cet espace dont ils ont peur, écrit encore Djerzinski, les êtres humains apprennent à vivre et à mourir ; au milieu de leur espace mental se créent la séparation, l'éloignement et la souffrance. A cela, il y a très peu de commentaires : l'amant entend l'appel de son aimée, par-delà les océans et les montagnes ; par-delà les montagnes et les océans, la mère entend l'appel de son enfant. L'amour lie, et il lie à jamais. La pratique du bien est une liaison, la pratique du mal une déliaison. La séparation est l'autre nom du mal ; c'est, également, l'autre nom du mensonge. Il n'existe en effet qu'un entrelacement magnifique, immense et réciproque."

Michel Houellebecq, in Les particules élémentaires

23/04/2012

(2) L'imbécile et le révolutionnaire (sur l'autonomie)

L'autonomie n'est ni la solitude ni la liberté. Elle tient pourtant, de la première, une certaine solidité et, de la seconde, le sens des possibles. De la combinaison des deux, elle produit la capacité à faire des choix. Ce qui fonde son intérêt vis-à-vis de l'une et de l'autre est qu'elle se pense fondamentalement en rapport à quelque chose d'autre qu'elle-même. Or, la solitude n'implique pas le monde pas plus que la liberté n'implique les autres. D'un point de vue pratique, elle procède donc d'un degré de réalité supérieur en matière de découverte et de délibération.

Dès qu'elle a su dépasser les pagayages des premiers mois pour accéder à la marche, ma fille a eu tôt fait de s'emparer de sa petite valise et de se diriger vers la porte d'entrée pour nous signaler son souhait de quitter la maison. Elle prenait un malin plaisir de même, lorsque nous dînions en terrasse à l'extérieur, de préférence dans les rues piétonnes, à s'éloigner de nous au fur et à mesure du repas. Elle vérifiait d'abord que nous la suivions des yeux comme pour légitimer son éloignement et nous regardait alors de temps à autre en nous faisant signe de la main ; puis elle se dirigeait d'un pas assuré, sous le regard bienveillant et intrigué des passants, avec de jeunes camarades de fortune ou seule aussi bien, jusqu'au bout de la rue et au-delà si nous ne la rattrapions pas.

Entre l'amour et la confiance

Alors que nous étions, en toute rigueur, pour peu de chose à ce stade dans ce mouvement d'émancipation naissant, j'ai souvent considéré cette situation comme une forme d'idéal-type de l'éducation qui prenait alors ses marques. Chiara semblait nous dire en substance : "Je pars, je dois vivre ma vie et il est bon que vous le sachiez dès à présent ; et, en même temps, je le fais en relation avec vous et (plus tard peut-être, idéalement) parce que vous m'avez donné suffisamment confiance en moi pour que j'entreprenne ce voyage" (1). 

Comme dans les tragédies antiques, le début signale la fin. Si philosopher est apprendre à mourir, éduquer est apprendre à laisser partir ou, si l'on veut, apprendre à aimer sans posséder (2). Quoi de plus difficile pourtant quand le statut de parent donne soudain, avec la naissance de l'enfant, une justification si puissante à l'existence ? (3) Or, les choses se corsent d'autant plus à cet égard que cette justification affective se double d'un impératif de protection. D'emblée, les conditions sont donc réunies pour que, de cet impératif de protéger, l'amour justifie les excès de son emprise.

En d'autres termes, l'amour n'est pas le meilleur allié de l'autonomie. Ce fut longtemps le problème des mères et cela reste, me semble-t-il, une difficulté pour les femmes (4). On l'a suffisamment souligné dans ces chroniques : l'éducation à l'américaine met tôt l'enfant en condition de s'émanciper. Elle donne ainsi confiance à l'enfant en même temps qu'elle produit un doute sur la force du lien affectif qui l'unit à ses parents. Inversement, les éducations latines prolongent indéfiniment le lien avec l'enfant au détriment de l'apprentissage de l'autonomie.

Dans un cas, j'ai confiance en moi mais je ne suis pas sûr d'être aimé ; dans l'autre, je sais que je suis aimé mais le monde me fait peur. Du point de vue de l'amour, ce degré de distanciation progressive qui fonde l'autonomie est donc le grand sujet de l'éducation ; c'est sans doute aussi sa part la plus ardue, ce que l'on peut résumer par l'équation suivante : entre l'amour et l'autonomie, il y a la nécessité d'une construction progressive de la confiance.

Si la séparation est le cas-limite de l'autonomie, elle n'en résume cependant pas toute la problématique. A y regarder de plus près, une grande partie du travail d'autonomisation de l'enfant s'effectue même non dans la séparation, mais dans la proximité ou, mieux encore, dans l'accompagnement. Cela est vrai du moins de l'apprentissage matériel qui conduit peu à peu à maîtriser ce que l'on pourrait appeler le processus de la journée (se lever, se laver, se vêtir, se nourrir, se déplacer, ranger, puis travailler, gérer, etc). Le terme de processus souligne assez que l'essentiel en la matière relève d'un travail de standardisation : il s'agit de mener par soi-même un certain nombre de tâches nécessaires de la façon la plus efficace possible.

Le standard et la variation

L'apprentissage de l'autonomie intellectuelle procède d'une démarche inverse. Si les premières étapes de structuration des connaissances et de la pensée supposent elles aussi la transmission d'un cadre et d'une méthode, le processus a en revanche pour objectif le développement d'une pensée propre, critique par nature. A la standardisation des jours répond ainsi le processus créatif de la nuit au sens où "l'oiseau de Minerve prend toujours son envol au crépuscule" (Hegel). Sous couvert d'autonomie, les objectifs s'opposent : à l'objectif d'efficacité qui commande aux choses matérielles s'oppose ainsi l'objectif de singularité qui sous-tend la vie de l'esprit, et cela dans toute la mesure où l'universel ne se confond pas avec le banal. En quoi Robert Pirsig avait raison de noter que ce sont les meilleurs élèves qui échouent aux examens (5). 

La tâche est plus délicate qu'elle n'y paraît. D'abord parce que l'éducation, à l'instar de la politique, est tout sauf une affaire rationnelle. Ensuite, parce que la singularité le dispute ici à la reproduction. Rien n'est plus amusant à cet égard que les recommandations des jurys exhortant à l'expression d'une pensée personnelle. Les concours sont d'immenses usines à conformisme ; et le pari consistant à poser le conformisme comme étape de la construction ultérieure d'une pensée autonome est un pari aussi raisonnable que celui de vouloir transformer un community manager en anachorète.

L'approche culturelle opposait l'autonomisation à l'infantilisation. La question scolaire donne le choix entre produire des imbéciles prématurés ou fabriquer des révolutionnaires tardifs. L'imbécile tardif ne représente qu'un progrès à la marge en raison d'un temps de nuisance réduit. Le révolutionnaire prématuré me semble un modèle plus intéressant : il peut ouvrir dans l'ordre des choses une brèche féconde s'il sait, plus tard, rester fidèle à cette inspiration en la transformant en action de progrès concrète (6).

Mais la question scolaire ne se confond pas avec la question éducative. L'objectif de l'éducation n'est pas de produire des bêtes à concours mais des membres d'une communauté, des individus libres qui soient capables de construire un désir et de réaliser un projet. Que l'autonomie consiste fondamentalement à se donner à soi-même sa propre loi souligne assez qu'elle a autant à voir avec la discipline qu'avec la contestation et qu'elle procède en réalité d'une logique plus processuelle que téléologique. Ce qui compte à la fin, ce n'est pas la charte des valeurs, c'est le mouvement par lequel on y parvient. La qualité de la démarche prime ainsi sur son résultat et l'intensité qui la guide sur le formalisme qui la conclut. En ce sens, rationnelle ou pas, l'éducation suppose un véritable travail, entrepris aussi tôt avec l'enfant qu'il doit être poursuivi tard avec soi-même.

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(1) Il faudrait faire une différence, de ce point de vue, entre le bon et le mauvais voyage. Le bon est une quête, le mauvais est une fuite. On voit par exemple un certain nombre de gens en Océanie atterrir là parce que c'est l'endroit le plus éloigné de leur point d'origine. Ceux qui y restent demeurent souvent des enfants, ce qui se matérialise par un mélange redoutable de protection, de confort et de repli. C'est le syndrome de l'île aux enfants qui symbolise, inversement, pour les parents calédoniens, toute la difficulté d'encourager leur progéniture à partir pour grandir. En réalité, ce qui détermine la qualité du voyage, sa mise en perspective pour ainsi dire, ce n'est pas le voyage en soi, c'est le retour.

(2) Relire à ce sujet Conception de l'amour en 1928.

(3) Certains parlent à cet égard "d'amour inconditionnel". L'expression me gêne : d'une part, elle soumet a priori toutes les autres relations à conditions, d'autre part, elle laisse à penser que les relations filiales y échapperaient par miracle. On confond miracle et désastre. Les enfants en veulent à leurs parents et les parents eux-mêmes finissent par prendre quelque distance avec des enfants qu'ils ne reconnaissent plus qu'à moitié. Si bien que cette histoire d'amour inconditionnel finit par osciller entre le mensonge et la conjuration. Un peu à la manière dont Florence Foresti évoque l'accouchement, mais en moins drôle.

(4) Loin de moi l'idée d'écarter les hommes de cette affaire. Leur présence devenant plus importante, ils se retrouvent à peu près également en première ligne dans ce dilemme. Mais leur intervention me semble généralement moins marquée par l'envie de protéger que d'éveiller, ou plutôt, moins intimiste et plus ouverte sur le monde extérieur.

(5) Voir le Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes.

(6) Richard Descoings me semble un exemple majeur de cette trajectoire lui qui, de mémoire, expliquait son parcours universitaire par un mélange de chance, d'incertitudes et de concours de circonstances. Il eût pu être, dans ce contexte, le gestionnaire compassé de la tradition, autant dire du déclin ; il a choisi au contraire d'être le visionnaire et l'animateur de la modernisation. Ce que je trouve intéressant à cet égard pour nuancer mon propos est que la brèche de départ ne s'exprime pas nécessairement par l'embrigadement au sein de la première manifestation venue (je note qu'il  faut d'ailleurs une certaine force de caractère pour opposer au panurgisme claironnant de la manif les vertus plus inconfortables du discernement). En clair, les silences de l'adolescence donnent parfois plus de substance à la suite de l'aventure, de même que ses révoltes peuvent se traduire, inversement, par un certain essoufflement. Je crois que cela a aussi à voir avec le développement du sentiment de justice ou, pour mieux dire, avec la construction de la sensibilité à l'injustice qui fait sans doute, pour le coup, une vraie ligne de clivage entre deux rapports au monde.

16/04/2012

(1) Le totem et la signalétique (sur la sécurité)

Longtemps, j'ai méprisé la sécurité. Elle me semblait relever d'une conception étriquée de la vie et l'attachement qu'on lui portait m'apparaissait comme le contraire de l'aventure. A vouloir circonscrire tous les risques, quelles chances se donnait-on d'explorer quoi que ce soit ? A ce compte-là, on songe à sa retraite à vingt ans en faisant à peu près la même chose au même endroit pendant les cinquante années qui suivent et en rêvant à tout ce que l'on aurait pu faire une fois la retraite venue. Chacun est certes libre d'envisager sa vie comme bon lui semble, mais il n'est pas non plus interdit de penser que les longs fleuves tranquilles ont des sources plus tourmentées qu'il n'y paraît ; ce qui fait qu'une partie substantielle de la tâche des éducateurs consiste à provoquer des déclics qui rendent les choses possibles.

Un soir que j'étais à la maison avec Chiara qui, à six mois environ, se faisait une spécialité de me suivre partout et en particulier auprès d'un réfrigérateur américain regorgeant de promesses exploratoires diverses, je fis chuter le robot de cuisine, qui était posé au-dessus, en ouvrant la porte. Le robot, très lourd - il était en acier et pesait une bonne dizaine de kilos -, décida de tomber sur le plan de travail plutôt que sur sa tête. En quittant New York, nous l'avons vendu. Nous aurions pourtant dû faire de ce robot le principal objet de décoration de notre futur appartement : quelque chose entre le totem, qui conjura le sort, et la signalétique, qui indique la direction à suivre. Quelques semaines plus tard, ma fille, qui nous avait jusqu'alors habituée à rester immobile lorsqu'on la posait quelque part, fit l'espace d'un week-end deux ou trois chutes depuis notre lit (heureusement plutôt bas) en découvrant les joies de la vrille (1).

Surveiller et munir

Il devint clair dès lors : 1°) que sa sécurité était une priorité ; 2°) que cela devait nous conduire à adapter rapidement nos comportements à son univers (le même que le nôtre en apparence et pourtant  radicalement différent dans sa réalité à elle) ; 3°) que veiller à sa sécurité consisterait pour l'essentiel à anticiper. Depuis, à la maison, dans la rue, en voiture, dans un jardin public, avec une rigueur qui n'est naturellement pas absolue, mon premier réflexe est de veiller à sa sécurité. Cela ne veut pas dire l'empêcher systématiquement de faire un certain nombre de choses a priori risquées. A peu près tout l'est à son âge ; et puis j'ai gardé là-dessus quelques leçons américaines utiles selon lesquelles il est plus efficace d'accompagner et d'encourager que d'empêcher.

Pascal Baudry (2) émet ainsi l'hypothèse que la façon dont les jeunes Américains sont encouragés par leurs parents à explorer leur environnement est à la base du sentiment de confiance et d'optimisme si souvent associé au caractère de cette nation. Il s'agit donc plutôt de faire en sorte que ce qui dans l'environnement de l'enfant apparaît potentiellement dangereux (un couteau tranchant, une prise non protégée, une voiture qui arrive à toute allure, etc) soit neutralisé, surveillé, ou bien manipulé avec le degré de prudence qui s'impose. Il s'agit simultanément de lui expliquer les refus qui reposent sur ce motif et de le munir des éléments d'appréciation et d'action appropriés de façon à ce qu'il devienne progressivement conscient et acteur de sa sécurité puis, chemin faisant, de ceux qui l'entourent.

Poser la sécurité comme la première des valeurs dans ce contexte, c'est évidemment souligner une préférence pour la vie (3). Mais c'est aussi élaborer ensemble une culture de l'attention à soi-même et aux autres (4).

L'art de (ne pas faire) la guerre

Je ne crois pas que le monde soit beaucoup plus dangereux aujourd'hui qu'hier. Compte tenu du haut degré de précarité qui a marqué la condition de l'homme pré-contemporain dans tous les domaines, j'inclinerais même à penser le contraire. Je conviens également volontiers que tout cela dépend aujourd'hui encore non seulement de l'endroit dans lequel on se trouve mais aussi du degré d'intégration à la communauté environnante. Je crois qu'il est préférable, en tout état de cause, d'avoir réfléchi quelques instants dans sa vie à la poignée de moments critiques qui ne manqueront pas de se poser de ce point de vue et, dans une certaine mesure, de s'y préparer raisonnablement.

Je suis aussi un adversaire de l'obsession sécuritaire qui me semble un non-projet. Je crois sur ce terrain à une combinaison républicaine de justice et de fermeté. Je crois surtout qu'il faut, dans la majorité des cas, traiter la violence non pas comme un phénomène en soi, purement psychologique si l'on veut, mais comme la manifestation d'un mal d'un autre ordre, de nature plus sociale et culturelle (5). Le fait est pourtant que nous avons tous eu un jour ou l'autre à faire face à une situation extrême mettant en cause notre propre sécurité ou celle des autres.

Je ne trouverais pas idiot, dans ce contexte, que les enfants soient initiés au cours de leur scolarité ou, à défaut, par leurs parents, à quelques techniques de survie, d'autodéfense ou de combat dans une approche civique. Cette démarche serait d'autant plus préventive que l'idéal de ces disciplines est de ne pas être utilisées ou de ne l'être qu'en dernier recours, ce qui leur confère une valeur qui est principalement d'assurance et de dissuasion. Tous ceux qui ont peu ou prou pratiqué les arts martiaux savent d'ailleurs que l'esprit y gagne en fermeté autant que le corps en agilité et qu'au total, les individus y conquièrent en général un degré supérieur de maîtrise de soi lorsque les événements dérapent (6).

Extension du domaine de la civilisation

Il ne faut d'ailleurs pas beaucoup pousser le raisonnement pour étendre cette approche, pêle-mêle, à la diététique, à la santé, à la psychologie ou encore à l'anthropologie. On a d'autant plus peur que l'on ne connaît pas ce que l'on doit affronter et la peur, qui n'est pas un mauvais signal en soi si elle n'a pas pour effet de paralyser, appelle même l'agression dans une certaine mesure. Il ne s'agit pas dès lors de chercher à tout savoir mais de mettre au point des éléments de méthode qui permettront de comparer, de juger, de réagir, bref, de faire preuve d'une intelligence des situations, d'un sens pratique et d'une capacité d'adaptation de nature à favoriser une exploration du monde aussi éclairée et assurée que possible. Le contraire, ce serait la culture de l'entre-soi et du ghetto, fût-ce sous les latitudes les plus éloignées. Mais l'endogamie n'est pas une option car elle n'est pas plus intéressante qu'efficace, sinon peut-être dans son aptitude à produire des crétins. 

On s'appuie souvent sur la sécurité dans l'industrie pour bâtir une démarche de progrès individuelle et collective parce le sujet est relativement consensuel par nature. La société gagnerait sans doute, de la même manière, à diffuser une culture de la sécurité qui soit synonyme non de peur, mais de progrès (7). Car, de même que la sécurité est parfois considérée comme un indicateur synthétique du niveau de performance opérationnelle dans l'industrie, de même elle serait un baromètre intéressant du degré de civilisation au sein d'une société donnée, en partant de l'hypothèse que les sociétés pacifiques atteignent à un degré supérieur de bien-être et d'harmonie dans les rapports humains. 

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(1) En réalité, cette prise de conscience débuta une dizaine d'années plus tôt, à la fin des années 90. Sur le plan professionnel, je découvris alors l'importance de la sécurité dans l'industrie. L'intégrité physique des gens, parfois leur vie, y sont en jeu chaque jour et cela change naturellement les données du problème. C'est aussi une question complexe tant elle a à voir avec les comportements, parfois enracinés dans des cultures dont la rigueur n'est pas le paramètre dominant. Sur un plan plus personnel, j'eus alors également l'occasion d'observer de près l'éducation que donnait une amie autrichienne à sa petite fille, Léa, alors âgée de deux ou trois ans. Sa philosophie, issue pour le coup d'une culture aussi généreuse qu'exigeante, consistait à laisser une très grande latitude de découverte et d'action à l'enfant, y compris au contact d'objets dangereux, à partir du moment où elle-même se trouvait présente et pouvait ainsi accompagner et, le cas échéant, corriger le processus d'apprentissage. L'incident du robot - un presqu'accident au sens de l'industrie à considérer avec d'autant plus d'attention que, s'il n'a produit aucun dégât, il aurait pu se traduire par des conséquences catastrophiques - n'a fait que parachever cette prise de conscience par un commandement d'agir. 

(2) "French and Americans - The Other Shore", Ed. Les Frenchies Inc., 2004

(3) Ce qui n'implique pas au passage une aversion équivalente pour le risque. Tout dépend en réalité de la nature du risque dont on parle : remonter une autoroute en sens inverse n'est pas du même ordre que de changer de job. Je me demandais, en écrivant ces lignes, quelle serait le cas de figure dans lequel je pourrais imaginer de gifler ma fille pour un manquement grave qu'elle aurait commis à sa sécurité. J'imaginais alors une situation dans laquelle, se préparant à sauter en parachute, elle s'amuserait à plier au préalable ledit parachute avec une légèreté qui, dans ce domaine, aurait toute chance de se conclure  par un atterrissage en piqué à 300 km/h. Ce principe est un peu l'équivalent dans le domaine privé du droit d'alerte signalant, en droit du travail, un danger grave et imminent. Il y a des situations de danger qui ne se discutent pas au moment où elles sont susceptibles d'intervenir et qui imposent une action immédiate, la gifle symbolisant à cet égard un arrêt immédiat de l'expérience jusqu'à preuve de la capacité à la mener correctement. J'avais un tempérament aventureux, ma fille semble plus prudente. Beaucoup de parents sont d'accord, de fait, pour convenir que tout ceci est aussi affaire d'adaptation : à l'âge, à la personnalité des enfants, à la situation, etc.

(4) Une campagne de communication intéressante à cet égard est celle que nous avions conçue et déployée au sein d'Eramet sur le thème : "On a tous envie / de protéger nos vies". En associant dans quatre ou cinq langues, un parent, collaborateur du groupe, et son enfant, on donnait soudain à cet impératif réglementaire, de portée très inégale selon les cultures dans lesquelles nous évoluions, une force émotionnelle qui généralisa la prise de conscience et accompagna le redressement de nos résultats dans ce domaine.

(5) François Bayrou a dit à ce sujet au cours de la campagne quelque chose de très profond en soulignant que la violence s'expliquait souvent par un rapport déficient au langage. Jeune maître d'internat lorsque j'étais en khâgne, je me souviens ainsi d'un pensionnaire qui faisait n'importe quoi et qui, lorsqu'on le prenait à part pour le cadrer, opposait à tout cela un mutisme de pierre. J'ai fini par comprendre que, pour lui, les mots n'avaient ni sens ni pouvoir. Je pense qu'il avait été copieusement battu depuis son plus jeune âge et qu'à l'école comme à la maison, il attendait les coups. Les situations de violence dans lesquelles le langage n'est d'aucun secours sont à la fois rares et extrêmes. Dans neuf cas sur dix, avec un peu de lucidité et de sens des situations, on peut réussir à les démêler (je me souviens ainsi d'une jeune femme dotée d'un degré d'assurance, de gaieté et d'empathie qui s'avérait totalement désarmant dans les situations de ce type). Le problème, c'est de sentir venir le dixième, et la seule question qui vaille alors, c'est de ne pas s'en poser pour s'éloigner au plus vite.

(6) Alors que j'effectuais ma préparation militaire, on nous fit rentrer un beau matin dans un bunker. Dix masques à gaz étaient laissés à l'intérieur sur le mur opposé, à six ou sept mètres environ devant nous. Or, nous formions un groupe de onze personnes. L'exercice consistait à laisser éclater une grenade à gaz en refermant la porte. Deux options extrêmes se présentent dans un tel scénario : le premier consiste à se jeter sur le premier masque venu en écartant tout sur son passage puis, si possible, à le conserver pendant toute la durée de l'exercice ; le second à ne pas bouger en faisant comprendre aux autres que le groupe dans son ensemble a intérêt à une circulation régulière des masques au moyen de laquelle il peut parfaitement gérer cette situation, même si deux ou trois éléments du groupe ont davantage besoin des masques que les autres. Je recommande l'exercice à tous les philanthropes.

(7) Je note à cet égard que le thème de la maîtrise des risques et du renforcement de la sécurité est à compter parmi les principes directeurs qui structurent la Stratégie Nationale de Recherche et d'Innovation en particulier dans le domaine de l'environnement et de la santé.

12/04/2012

Education et valeurs (avant-propos) : l'exploration et le compagnonnage

Je confesse un rapport ambivalent aux valeurs. D'un côté, mon éducation me conduit à ne pas les considérer comme tout à fait inutiles ; de l'autre, mon parcours industriel m'incite à les regarder, sinon avec scepticisme, du moins avec l'exigence de les rendre aussi concrètes que possible. Cette combinaison de lyrisme et de doute aurait pu neutraliser le projet de les formaliser ; elle lui donne au contraire une méthode utile.

Les valeurs, nos valeurs, ne sont en effet ni vraiment descriptives - elles ne se confondent pas avec la réalité : nous n'aurions nul besoin de les énumérer dans un monde parfait à nos yeux -, ni totalement prescriptives - à être de purs objectifs, elles perdraient le socle de l'histoire et de la réalité sur lequel elles doivent toujours s'ancrer un peu sauf à évacuer toute dimension éthique de nos existences ce que, avec ou sans Dieu et même chez les sales types, je ne crois pas possible. Une valeur est fondamentalement une tension entre le rêve et l'idéal et c'est cette tension-même entre le déjà là et le toujours à construire qui fait sans doute l'essentiel de son intérêt. Sous cet angle, on peut alors mener l'exercice sans avoir trop à craindre de sombrer dans l'incantation ou le panégyrique. 

Etait-ce la réactivation à travers la naissance de ma fille de lectures plus ou moins anciennes allant de Rousseau à Pennac en passant par Dubet, Robinson ou Christensen ? L'occasion de mettre en pratique un certain nombre de contributions éducatives de portée plus générale (des cours de soutien scolaire, un exposé sur les "nouveaux papas", un séminaire de culture générale, un plaidoyer pour la mobilité internationale, un engagement pour l'enseignement supérieur, etc) apportées à diverses organisations depuis une vingtaine d'années ? L'effet du bouleversement inévitable, dès les premiers mois de la paternité, d'une hiérarchie que l'on croyait pourtant solidement établie ? Ou, à l'inverse, le signe d'une incapacité à inventer au fil de l'eau ce qui finirait par s'imposer de soi-même et plus sûrement par l'exemple que par la réflexion ? Une façon de se rassurer en se donnant, au-delà d'écarts inévitables, l'illusion de la maîtrise ?

Sans doute entra-t-il dans ce projet un peu de tout cela à la fois. Dès avant la naissance de ma fille, je me suis interrogé avec force sur les valeurs que je souhaitais lui transmettre. Les choses ne se sont guère arrangées après coup. J'ai aussi questionné les autres - famille, amis, collègues, camarades - en recueillant des réponses qui parlaient de bonheur ou d'éducation, dont je confesse qu'elles m'ont le plus souvent laissées sur ma faim. En fait, à l'exception notable de l'éclairage que m'apporta là-dessus une amie canadienne et de la longue réponse que finit par me faire mon père sur le sujet, j'eus le sentiment général que cette question de la transmission des valeurs n'en était pas réellement une pour la plupart des parents. Dommage : je rêvais sur l'éducation d'un manifeste de génération qui fût le contraire d'un système éducatif, une sorte de bricolage amical dans lequel les leçons de l'expérience se seraient joyeusement mêlées à l'exercice d'une pensée libre (1).

En réalité, nos vues sur le sujet dépassent rarement un ensemble de réflexes conditionnés que nous a refourgué notre propre éducation et que vient le plus souvent affermir plus que questionner une sorte de confiance instinctive dans ce que nous sommes. Bienheureuse confiance ! Je suis, donc j'éduque. L'éducation a ses raisons, que la raison ignore. En somme : on est ce qu'on est, il faut ce qu'il faut, ça coûtera ce que ça coûtera... Je ne prétends d'ailleurs pas que les éducations réfléchies soient meilleures que les autres ; j'inclinerais même à penser qu'elles tourneraient plus volontiers au désastre. J'ai pourtant persisté dans ce projet au point de noter de-ci de-là, entre un premier pas et une énième couche, quelques valeurs qui m'ont semblé dignes d'intérêt au long des premiers mois, puis des toutes premières années de ma fille. 

Je l'ai fait sous l'effet à la fois d'une hantise et d'une révélation. La hantise serait de disparaître avant d'avoir pu réellement entamer avec elle une série de conversations sur ces sujets qui allassent au-delà des "colloques" que je tiens avec elle depuis sa naissance dans un charabia improbable, sorte de mix d'ontologie, de swahili, de jeux et de langages des signes. Je nous trouve parfois bien confiants en effet, entre les tsunamis qui se lèvent et les gens qui tombent, de faire comme si l'éternité était devant nous. Il ne me semble pas complètement idiot dans ce contexte de tâcher de laisser là-dessus quelques vues personnelles, ne serait-ce que pour donner à ma fille une occasion rêvée d'en prendre le contre-pied plus tard (2).

La révélation vient d'une intervention d'un professeur de management à Harvard, Srikant Datar, à l'occasion d'une étude de cas relative à une start-up (3). Srikant est un homme respecté tant pour l'étendue de ses connaissances que pour sa sagesse ; il fut d'ailleurs retenu par ses pairs, il y a deux ans, parmi les trois candidats au poste de Dean de l'Ecole. Cet homme bienveillant établit un jour un parallèle qui me sembla lumineux entre la conduite d'une entreprise et l'éducation d'un enfant à partir d'une réflexion sur les frontières.

Pour simplifier le propos et m'en tenir ici au sujet qui nous occupe, il défendait l'idée que les systèmes de valeurs sont d'autant plus nécessaires que nous évoluons dans un monde incertain. A défaut de pouvoir connaître non seulement toutes les réponses aux questions d'aujourd'hui, mais aussi toutes les questions aux réponses de demain, il pouvait être utile d'établir un certain nombre de jalons de nature à guider ce mélange d'exploration et de compagnonnage à quoi peut peut-être se résumer une éducation décente. J'en ai tiré un encouragement secret à poursuivre cette recherche.

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(1) Heureusement, les choses ont fini par s'arranger chemin faisant et diverses contributions viennent régulièrement enrichir depuis lors cette conversation ouverte. Je les tiens pour une part essentielle de cette recherche.

(2) Je note que ce travail de contestation a déjà commencé depuis l'âge d'un an et demi environ. Mais il prend à cet âge un caractère de contestation systématique, volontiers ludique, qui s'inscrit dans un processus de construction psychologique, non dans un exercice de contestation morale.

(3) Voir à ce sujet le rapport Harvard sur http://oliveretcompagnie.blogspirit.com : (1.1.2.) Le temps des remises en cause (l'éthique de responsabilité selon Srikant Datar).

30/03/2012

L'université française en mouvement (2) L'excellence en question

Ce qui marque le projet français d'Initiatives d'Excellence (IDEX), ce sont deux choses essentielles : un projet de transformation permettant de transcender les cloisonnements historiques du système universitaire français : entre établissements, entre disciplines, entre universités et grandes écoles ou encore entre universités et entreprises ; et une volonté simultanée de construire des pôles universitaires de visibilité internationale. L'autonomie et l'excellence sont les deux piliers de cette entreprise.

Qu'en est-il de l'excellence ? Ou plutôt, comment développer un système fondé sur l'excellence dans une culture marquée par la passion de l'égalité ? Dans un tel contexte, très différent de celui des grandes universités américaines immergées de longue date dans une culture de la compétition (avec l'autonomie et les financements qui vont avec), l'excellence constitue en effet à la fois un moteur et une tension.

Pourtant, dans le domaine de la formation, de la recherche, de l'innovation, de la visibilité et de l'attractivité internationales, un chemin considérable a été accompli en deux ou trois ans, depuis le lancement du Grand Emprunt Juppé-Rocard dont près des deux tiers, soit 22 milliards sur 35, ont en effet été consacrés à l'enseignement supérieur et à la recherche.

Les parcours se réinventent, des relations nouvelles s'établissent, les échanges s'intensifient préparant le pays au "dépassement des frontières" (1) et à une sorte "d'internationale des cerveaux" (Michel Deneken). Heureuse surprise, soulignée par Michel Rocard : bien qu'il ait délibérément exclu de ses critères toute volonté d'aménagement du territoire, ce processus a permis de couvrir une large part du territoire national, en se traduisant par l'émergence de bons projets issus de régions non centrales, comme la Picardie ou la Lorraine.

Le premier élément de l'acceptabilité de ce processus est lié à la nature des décisions prises, d'une façon d'ailleurs comparable à la logique délibérative qui a prévalu dans une culture égalitaire proche, en Allemagne, quelques années auparavant avec "l'Exzellenzinitiative". Le professeur Peter Haehtgens, de l'académie des sciences de Berlin, souligne à cet égard l'importance de fonder les décisions sur des critères scientifiques et non politiques. En Allemagne, cette approche a permis de légitimer une opération dont le résultat n'aura tout de même, au final, concerné qu'un tiers du territoire national.

Le deuxième élément du dispositif est lié à l'approche évolutive de la notion d'excellence. Les responsables de projets labellisés IDEX parlent à cet égard d'une même voix : l'objectif est d'élargir le périmètre d'excellence au sein de leurs organisations respectives. L'excellence est alors conçue comme le moteur d'un progrès plus large se diffusant en chaîne à travers l'ensemble de la communauté universitaire. Un projet de formation innovante dénommé "Talents Campus", auquel j'ai participé en équipe, va par exemple dans ce sens sur le plan pédagogique en se donnant les moyens d'un accompagnement créatif et ouvert de profils de leadership non académiques tout au long de la vie.

Monique Canto-Sperber, présidente de PSL*, va plus loin en considérant que le périmète d'excellence lui-même n'est pas acquis une fois pour toute et doit s'accompagner d'une dynamique d'innovation permanente. C'est fondamental : un tel processus n'est en effet acceptable que s'il est exemplaire et donc mobile ; que l'on puisse, en somme, y entrer autant qu'en sortir. C'est d'ailleurs le sens plus général de la période probatoire de quatre ans intégrée dans le processus des Investissements d'Avenir à propos de laquelle Philippe Gillet, vice-président pour les affaires académiques de l'Ecole Polytechnique de Lausanne et ancien directeur de cabinet de Valérie Pécresse, soulignait récemment la nécessité pour l'Etat d'être capable de prendre, le moment venu, des décisions courageuses.

Une telle approche ne peut, ici comme ailleurs, avoir pour effet d'aboutir à l'assimilation de l'excellence et de l'égalité, antinomiques dans les termes. Elle rend cependant le processus acceptable s'il sait faire preuve d'exemplarité et s'il parvient à entraîner une dynamique, non pas d'excellence généralisée, mais de progrès collectif. Un élément d'autant plus nécessaire que, comme le rappelait Louis Vogel, président de la CPU, le temps a souvent manqué, au cours des procédures d'appel à projet, pour développer  les projets tout en y associant suffisamment l'ensemble des composantes de la communauté universitaire.

Le troisième facteur de succès d'une telle démarche passe précisément par une communication intensive pour non seulement accompagner, mais aussi bâtir et ajuster le processus. C'est la leçon clé de l'expérience allemande ; mais c'est aussi celle, plus universelle, de l'expérience de tout changement d'ampleur. Mais là où l'Allemagne et un certain nombre d'universités françaises accompagnent cette démarche d'une robuste ingénierie du changement, on en voit d'autres qui ne dépassent guère le stade d'une incantation aussi impuissante dans la mise en oeuvre qu'anxiogène pour les agents.

Ce qui est intéressant, quoi qu'il en soit, dans ce processus, c'est la revendication d'un "droit à l'expérimentation et à l'innovation organisationnelle" (Jean Chambaz) en ce qui concerne notamment la gouvernance de ces nouveaux ensembles - en quoi la question de l'excellence rejoint ici celle de l'autonomie. C'est là un point à la fois sensible dans un système profondément marqué par la régulation étatique et important pour la réussite de projets portés par des organisations diverses. Après tout, la jurisprudence administrative n'autorise-t-elle pas à traiter de façon différente des situations différentes ?

Il reste que, comme les théories managériales l'enseignent de longue date, il n'est pas d'excellence stratégique sans excellence opérationnelle. Ce cheminement a été jusqu'alors essentiellement conceptuel, sauf dans les universités où le mouvement avait été anticipé depuis plusieurs années comme à Strasbourg ou à Aix-Marseille. Toute la difficulté est à présent de lui donner une réalité qui, en dépassant l'émulation intensive des appels à projets, inscrive dans les faits une dynamique de coopération constante, concrète et congruente.

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(1) J'ai piloté avec une équipe remarquable un projet de transformation managériale dans l'industrie dénommé "Leaders" dont le mot d'ordre était également le "dépassement des frontières" au plan à la fois technique, géographique, collectif et individuel. Deux réflexions à cet égard : 1°) Tout d'abord, si l'on veut éviter les incantations faciles et stériles pour concrétiser une telle ambition, il faut mettre en place une dynamique exigeante de gestion de projet fondée sur une véritable association des acteurs ; 2°) Ce rapprochement des ambitions est, à mon sens, un indice supplémentaire de la convergence à l'oeuvre dans notre pays sur le moyen-long terme, d'ailleurs accélérée par la dynamique des Investissements d'Avenir, entre les secteurs public et privé. Il faudra bien sûr beaucoup d'efforts pour abandonner les caricatures que l'un et l'autre secteur peuvent se faire l'un de l'autre ; ma conviction est néanmoins qu'il faut y travailler d'arrache-pied, non pas en cherchant à aligner un système sur l'autre - ce qui ne serait pas davantage faisable que souhaitable -, mais en construisant à partir du meilleur des deux cultures un nouveau modèle, hybride par nature, mieux à même, comme le montrent le succès de nombreuses initiatives de cette nature aussi bien au Nord qu'au Sud, d'apporter des réponses efficaces à un certain nombre des grands défis de notre époque, parmi lesquels la formation et l'innovation figurent en bonne place.