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<title>New world, new deal</title>
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<subtitle>Autour du monde (American Notebook), by Olivier Beaunay</subtitle>
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<title>Réminiscences ethnographiques (2) &quot; Adieu sauvages ! adieu voyages!...</title>
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<summary> &quot; Pas plus que l'individu n'est seul dans le groupe et que chaque société...</summary>
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&lt;p&gt;&quot; Pas plus que l'individu n'est seul dans le groupe et que chaque société n'est seule parmi les autres, l'homme n'est seul dans l'univers. Lorsque l'arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s'abîmer dans le vide creusé par notre fureur; tant que nous serons là et qu'il existera un monde - cette arche ténue qui nous relie à l'inaccessible demeurera, montrant la voie inverse de celle de notre esclavage et dont, à défaut de la parcourir, la contemplation procure à l'homme l'unique faveur qu'il sache mériter : suspendre la marche, retenir l'impulsion qui l'astreint à obturer l'une après l'autre les fissures ouvertes au mur de la nécessité et à parachever son oeuvre en même temps qu'il clôt sa prison ; cette faveur que toute société convoite, quels que soient ses croyances, son régime politique et son niveau de civilisation ; où elle place son loisir, son plaisir, son repos et sa liberté ; chance, vitale pour la vie, de se &lt;i&gt;déprendre&lt;/i&gt; et qui consiste - adieu sauvages ! adieu voyages ! - pendant les brefs intervalles où notre espèce supporte d'interrompre son labeur de ruche, à saisir l'essence de ce qu'elle fut et continue d'être, en deçà de la pensée et au-delà de la société : dans la contemplation d'un minéral plus beau que toutes nos oeuvres ; dans le parfum, plus savant que nos livres, respiré au creux d'un lis ; ou dans le clin d'oeil alourdi de patience, de sérénité et de pardon réciproque, qu'une entente involontaire permet parfois d'échanger avec un chat.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude Lévi-Strauss, &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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<name>Olivier Beaunay</name>
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<title>Réminiscences ethnographiques (1) &quot;Le monde a commencé sans l'homme...&quot;</title>
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<summary> &quot; Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui. Les...</summary>
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&lt;p&gt;&quot; Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui. Les institutions, les moeurs et les coutumes, que j'aurai passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d'une création par rapport à laquelle elles ne possèdent aucun sens, sinon peut-être de permettre à l'humanité d'y jouer son rôle. Loin que ce rôle lui marque une place indépendante, et que l'effort de l'homme - même condamné - soit de s'opposer vainement à une déchéance universelle, il apparaît lui-même comme une machine, peut-être plus perfectionnée que les autres, travaillant à la désagrégation d'un ordre originel et précipitant une matière puissamment organisée vers une inertie toujours plus grande et qui sera un jour définitive.&amp;nbsp;Depuis qu'il a commencé à respirer et à se nourrir jusqu'à l'invention des engins atomiques et thermonucléaires, en passant par la découverte du feu - et sauf quand il se reproduit lui-même -, l'homme n'a rien fait d'autre qu'allègrement dissocier des milliards de structures pour les réduire à un état où elles ne sont plus susceptibles d'intégration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans doute a-t-il construit des villes et cultivé des champs ; mais, quand on y songe, ces objets sont eux-mêmes des machines à produire de l'inertie à un rythme et dans une proportion infiniment plus élevés que la quantité d'organisation qu'ils impliquent. Quant aux créations de l'esprit humain, leur sens n'existe que par rapport à lui, et elles se confondront au désordre dès qu'il aura disparu. Si bien que la civilisation, prise dans son ensemble, peut être décrite comme un mécanisme prodigieusement complexe où nous serions tentés de voir la chance qu'a notre univers de survivre, si sa fonction n'était de fabriquer ce que les physiciens appellent entropie, c'est-à-dire de l'inertie. Chaque parole échangée, chaque ligne imprimée établissent une communication entre les deux interlocuteurs, rendant étale un niveau qui se caractérisait auparavant par un écart d'information, donc une organisation plus grande. Plutôt qu'anthropologie, il faudrait écrire &quot;entropologie&quot; le nom d'une discipline vouée à étudier dans ses manifestations les plus hautes ce processus de désintégration. &quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (Plon, 1955)&lt;/p&gt;
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<name>Olivier Beaunay</name>
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<title>Un orage à New York (2) Central Park, ground zero</title>
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<updated>2009-11-03T23:11:40+01:00</updated>
<published>2009-11-03T23:11:40+01:00</published>
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<summary> En fin d'après-midi, le ciel finit&amp;nbsp;se couvre brutalement d'imposants...</summary>
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&lt;p&gt;En fin d'après-midi, le ciel finit&amp;nbsp;se couvre brutalement d'imposants nuages sombres qui finissent par se rejoindre en un lourd couvercle opaque qui recouvre la ville en aspirant la lumière du jour. Une chaleur tropicale, lourde et grise, s'empare de la vieille cité déglinguée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis, des premiers souffles d'air s'engouffrent par les couloirs qui entaillent le coeur de la ville, faisant légèrement osciller les grands arbres qui s'alignent, en enfilade, le long des rues. Dans les parcs, les arbres font bloc ; à mesure que le vent se lève, ils commencent d'entrer dans la danse. Ce sont d'abord de lentes oscillations saisissant les troncs, qui s'étendent progressivement jusqu'aux sommets et qui donnent bientôt l'impression d'une flotte brinquebalée par de grandes vagues aériennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On entend, au loin, le bruit sourd que commencent à faire les éclairs en provenance de la mer, par le sud. A une vitesse que ne laissaient pas deviner ces premiers ébranlements,&amp;nbsp;une série de déflagrations explose&amp;nbsp;littéralement au-dessus - ou au milieu, on ne sait plus très bien - de la ville, produisant un effet similaire&amp;nbsp;à une série d'attaques coordonnées qui viseraient à mettre la ville à genoux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les éclairs crèvent la couche noire des nuages et s'abattent sur Manhattan avec une violence inouïe. Plongées dans une obscurité épaisse que les lampadaires ne parviennent plus à dominer, les avenues se voient illuminées par à-coups de lueurs aveuglantes, entre deux périodes d'obscurité lunaire que séparent, chaque fois, une poignée de secondes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des masses d'eau compactes tombent soudain sur la ville. Sous le poids de ce déversement, les arbres, qui s'agitaient encore en tous sens quelques minutes auparavant, se recroquevillent comme s'ils tentaient de puiser dans leur sève pétrifiée la ressource d'une résistance incertaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les terrasses sont balayées, les jardins inondés en quelques instants. Les fils, pendus à l'extérieur des &lt;i&gt;brownstones&lt;/i&gt; fouettent les façades, décrochent parfois sous le poids de cette attaque en masse. Les gouttières se mettent à dégueuler à gros flots, les jardins, les trottoirs, les avenues... la ville prend l'eau de toutes parts sous le vacarme effrayant que font les escadrons d'éclairs que libère soudain leur plongée sous la voûte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A Manhattan, dans le Queens ou le Bronx, la ville tient pourtant. On se demande comment tout cela, entre 21h55 et 22h30, n'a pas été emporté par la masse et rayé de la carte. C'est un miracle, mais qui se paie de lourdes pertes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lendemain de ce soir-là, Central Park est un champ de bataille désolé. Sous des vents de plus de 70 miles/heure (près de 115 km/h), une centaine d'arbres sont tombés, fendus à mi-hauteur ou cassés net. Des centaines sont endommagés, beaucoup de hêtres, d'ormes, de châtaigniers dans la zone Nord notamment. &quot;&lt;i&gt;Central Park devastated&lt;/i&gt;&quot; titre le New York Times, qui indique que les dégâts causés l'emportent sur la dernière tempête de neige des années 80 ou même sur le cyclone Gloria. Un météorologiste de la base de Long Island du National Weather Service, David Wally, fait du parc le &quot;&lt;i&gt;ground zero&lt;/i&gt;&quot; de la tempête.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la plus sévère catastrophe naturelle à New York depuis trente ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dès l'aube, balayeuses, tronçonneuses, broyeuses, équipes d'urgence et camions d'évacuation sont à l'oeuvre. La civilisation tente de reprendre ses droits, la mécanique assourdit la désolation. Elle parvient assez bien, au reste, à circonscrire le désastre. La matière, agglomérée, cristallisée, patinée, a tenu. Pourtant, entre le souvenir du 11 septembre et les scénarios de films catastrophes, sous les assauts combinés, concentrés, du ciel et de la mer, un sombre tressaillement s'est fiché au coeur de la ville.&lt;/p&gt;
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<name>Olivier Beaunay</name>
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<title>Vivre ou mourir ? (Sur Revolutionary Road)</title>
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<updated>2009-11-05T16:25:45+01:00</updated>
<published>2009-10-29T18:25:00+01:00</published>
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<summary> C'est une question qui taraude les jeunes gens et que les adultes finissent...</summary>
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&lt;p&gt;C'est une question qui taraude les jeunes gens et que les adultes finissent généralement par enterrer, ou par détourner selon le principe qu'une petite relation extra-conjuguale vaut mieux qu'une grande question existentielle : comment faire pour que la vie ne soit pas cette sorte &quot;d'insignifiance désespérante &quot; à laquelle elle se résume le plus souvent, au-delà de ses menus événements qui peuvent, un temps, donner l'illusion de la singularité au milieu de la foule avant de sombrer dans la banalité et dans l'oubli ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;April (Kate Winslet), qui se voyait actrice, doit bientôt, par manque de talent et de soutien, renoncer à son rêve ; Frank (DiCaprio), qui voulait explorer la vie, &quot;ressentir les choses&quot;, s'accommode d'un job de cadre commercial sans intérêt chez Knox, une entreprise d'équipements de bureau, qu'il finit par pimenter d'une liaison extra-conjuguale. April est aux fourneaux, Frank au bureau. Les enfants jouent et grandissent. Aux deux bouts de la chaîne, voisins et collègues assurent la régulation des vagues à l'âme et des passages à vide, bref, d'une vie magnifiquement médiocre, mais qui ne méritait pas ça.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout va pourtant pour le mieux, en apparence, dans cette banlieue du Connecticut typique des années 50. L'essor enchanteur d'Hollywood d'un côté, les progrès du consumérisme de l'autre finissent par tromper le vide existentiel de cette &lt;i&gt;middle class&lt;/i&gt; qui n'est pas dénuée d'élégance (les décors de Kristi Zea et les costumes d'Albert Wolsky sont d'un chic pastel sublime) mais manque d'une perspective. C'est un peu comme si faute de réponses satisfaisantes aux questions alors posées par l'Europe, l'Amérique accélérait davantage encore sa course folle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ici on travaille, là-bas on vit (cette vision romantique du Vieux Continent n'en finit pas de travailler l'imaginaire américain). C'est justement dans l'Europe et, plus encore, dans Paris que s'incarne pour ce jeune couple l'espérance du renouveau. C'est la vision d'April qui finit, un lendemain de dispute, par convaincre Frank de retrouver une inspiration de jeunesse, qui est aussi celle de leur rencontre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et ça marche. Cela vaut bien quelques secousses dans la cuisine, un carnet de &lt;i&gt;traveller checks&lt;/i&gt; tout neuf, de premiers cartons dans le salon et le bonheur railleur de voir la mine incrédule des amis et collègues à cette annonce fracassante et joyeuse. Il n'y a guère que le fils des époux Givings, John, un docteur en mathématique diagnostiqué comme fou et traité aux électrochocs, pour mesurer le courage de l'entreprise et se réjouir de cette échappée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le rêve ouvert pourtant par l'exigence d'April ne résistera ni à une nouvelle grossesse, ni à la promotion que fait soudain miroiter à Frank le top management de Knox. Le projet pourrait encore s'accommoder d'un troisième enfant ; mais résister à l'attrait de la promotion et de la carrière, en Amérique, dans une entreprise où, qui plus est, le père de Frank a passé vingt ans dans l'anonymat le plus complet ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lâcheté masculine ? C'est peut-être seulement un manque de profondeur, aurait dit Rilke, couplé à cette sorte d'inertie qui nous fait courir après ce que nous savons parfaitement inessentiel. Folie &lt;i&gt;féminine&lt;/i&gt; ? Sans doute, mais en un sens alors plus proche de la valeur que du sexe, de l'exigence que du genre, dans laquelle se réjoignent de fait l'amante et le savant.&amp;nbsp;Le projet se fracasse donc sur le réel.&amp;nbsp;Et, en général, nous survivons à l'effondrement de nos rêves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au fur et à mesure que le film monte en puissance, on pense naturellement à &lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: none;&quot;&gt;American Beauty&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; : c'est le même univers rythmé par les notes de piano lentes et lancinantes (que l'on doit encore à Thomas Newman) et la même lutte contre la dynamique aliénante de la richesse matérielle et de la reconnaissance sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;Revolutionary Road&lt;/span&gt; est certes un cran en dessous comme si, après avoir composé son chef d'oeuvre, Sam Mendes ne pouvait plus guère qu'en produire de plus pâles variations. Il reste malgré tout, au-dessus des faux problèmes et des soucis ordinaires, un rappel saisissant de l'obligation de vivre, exigeante à moins qu'elle ne soit un peu folle en effet, dans laquelle nous sommes embarqués.&lt;/p&gt;
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<name>Olivier Beaunay</name>
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<title>&quot; Après les archives bathypélagiques, on peut rêver de gisements narratifs...&quot;</title>
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<updated>2009-10-25T01:43:47+02:00</updated>
<published>2009-10-25T01:43:47+02:00</published>
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<summary> &quot; Le récit, expression spontanée ou différée, succincte ou interminable,...</summary>
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&lt;p&gt;&quot; Le récit, expression spontanée ou différée, succincte ou interminable, savante ou bâclée, frémissante ou désabusée, universelle, éternelle, d'une expérience, est inclus dans la phrase. Achille se retire. Ulysse rentre à la maison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La difficulté vient de la disparité ontologique entre l'emprise de la phrase et l'extension du monde qu'elle porte dans ce registre qui n'est que de l'homme, celui de son sens. On peut imaginer des univers si uniformes et sommaires qu'une phrase les épuise. D'ailleurs, pareils univers existent, celui, par exemple, de la zone bathypélagique où des chalutages profonds ont décélé une vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des organismes prospèrent par dix mille mètres de fond, dans une obscurité impénétrable, par trois degrés de température, sous une pression d'une tonne au centimètre carré. Ils vivent de la manne de débris tombés des couches supérieures de l'océan qu'ils ne verront jamais, qu'il leur est interdit de connaître sous peine de mort. La différence de pression les ferait éclater.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une phrase, s'ils en avaient la capacité, enfermerait leur nuit éternelle, écrasante, nutritive et glacée. Notre expérience s'y refuse, trop changeante et mouvementée&amp;nbsp;(...)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nos bibliothèques n'enferment que l'écume récente des énoncés produits par l'espèce depuis qu'en se redressant sur ses membres postérieurs elle s'est éveillée simultanément à l'outil, donc au travail, à la pensée et au language oral. Les autres se sont évanouis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Après les archives bathypélagiques, on peut rêver de gisements narratifs. Les récits oraux des commencements auraient pu suivre l'air atmosphérique qui les portait dans des métaux avides d'oxygène ou les couches de charbon résultant de la synthèse chlorophyllienne. Nous consulterions des textes de houille, de fer, de manganèse. Mais cela n'est pas (...)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Né dans les bois, dans l'ombre d'une nature dispensatrice de toute faveur et de toute douleur, le mythe fut d'emblée, et très durablement, le language unitaire et infiniment ramifié, simple et très subtil, du groupe humain isolé. Il était compris, comme jamais plus nous ne comprendrons un texte, de tous les membres de la communauté, à la fois vécu et pensé, compris et agi, mimé, dansé, réactualisé, immédiatement adéquat à la problématique concrète de l'existence des groupes itinérants, loquaces, sans doute éloquents, à quoi s'est ramené l'essentiel de l'aventure humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La littérature est première. Elle fut le registre unique, complet, coloré de notre expérience. &quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pierre Bergougnioux, &lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;Deux querelles&lt;/span&gt; : Une cadette épineuse (Cécile Defaut, 2009)&lt;/p&gt;
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<title>Watteau, un badinage sur fond de monde</title>
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<summary> Qui l'ignorerait encore ? On badine joyeusement chez Watteau, et c'est...</summary>
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&lt;p&gt;Qui l'ignorerait encore ? On badine joyeusement chez Watteau, et c'est d'abord ce que donne à voir, entre les clichés rococo et la première impression, la jolie exposition que consacre le Met ces jours-ci au peintre des Fêtes galantes sur le thème de la musique et du théâtre (&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;Watteau, Music and Theater&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est bien sûr un sujet majeur dans les scènes pastotales (La foire à Bezons, Une danse à la campagne), mondaines (Les plaisirs du bal) ou encore inspirées de la Commedia dell'Arte (Un bal masqué en Bohême, Comédiens italiens). Mais c'est aussi le cas,&amp;nbsp;à la marge ou, pour ainsi dire, à la dérobée, dans les scènes militaires (Troupes en marche, Troupes au repos).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tantôt les scènes galantes y sont davantage suggérées que montrées, avec élégance, presque avec discrétion (Danse à la fontaine), tantôt elle sont dépeintes avec une emphase pleine d'expressions pénétrées et de mouvements grandiloquents (La surprise), qui n'exclue pourtant pas une&amp;nbsp;grâce inspirée (Mezetin).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui finit par frapper davantage pourtant, au-delà de la douceur pastel de ces variations intimistes, c'est la noirceur du monde dans lesquelles elles s'insèrent : gros blocs de végétation brune, comme dans Pierrot content, buissons opaques de L'enchanteur ou de L'aventurière, ou encore bosquets imposants de La perspective.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux éléments nuancent et dominent à la fois cette opposition des plans. D'abord, les personnages s'y ordonnent le plus souvent selon une circularité qui semble délimiter l'espace propre de la société (L'amour au théâtre français, La Camargue). Au-delà des relations de séduction, ou peut-être en vertu-même de la promesse qu'elles recèlent, c'est un espace connu et ordonné qu'elles circonscrivent, comme si le mouvement des couples ne figurait que le détail pittoresque d'un ensemble plus fondamental.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tantôt le cercle est concave et c'est la société qui impose à la nature l'espace rayonnant et rassurant de ses rites, comme dans La foire à Bezons. Tantôt, plus rarement, comme dans Récréation italienne, il est convexe : la nature se fait alors plus pressante et instille dans un jeu social resserré au premier plan un soupçon d'angoisse diffuse au milieu des troubles amoureux. Dans les deux cas, qu'elle soit réduite à la compagnie de quelques uns ou qu'elle s'étende à de plus vastes assemblées, dans le monde Watteau, la société fait corps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contre la Nature ? On pourrait le croire tant celle-ci passe brutalement, à quelques pas seulement de profondeur, du statut d'ornement vaporeux, comme dans La surprise, à celui d'univers menaçant, notamment dans La perspective. Les trouées de lumière qui orientent le regard vers l'arrière-plan vaudraient alors moins en elles-mêmes que comme le faire-valoir de ce péril diffus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la force de Watteau ici, c'est de ne pas choisir entre la perspective radieuse et les dangers du monde. On peut voir&amp;nbsp;là l'ombre portée de la fin du Grand Siècle, et l'expression festive et grave, joyeuse mais incertaine, dans laquelle s'engage alors la Régence, dont Watteau est d'ailleurs généralement considéré comme le premier peintre. Mais c'est aussi la marque de ce maître, injustement ravalé au rang de peintre de frivolités un peu fades, que d'inscrire entre le réel et son double un peu de l'inquiétude indéterminée qui s'insinue dans la pantomime des plaisirs.&lt;/p&gt;
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<name>Olivier Beaunay</name>
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<title>&quot;Il est trop tard, en effet, pour avoir une vie privée...&quot;</title>
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<updated>2009-10-17T02:51:06+02:00</updated>
<published>2009-10-17T02:51:06+02:00</published>
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<summary> &quot;... L'exode urbain des anciennes métropoles d'équilibre s'accélérera,...</summary>
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&lt;p&gt;&quot;... L'exode urbain des anciennes métropoles d'équilibre s'accélérera, encore et encore, pour déboucher finalement sur l'outre-ville. Au-delà de la cité des origines foncières et géopolitiques de l'Etat, vers la &quot;métacité&quot; d'une politique de l'instantanéité et de la simultanéité, aujourd'hui symbolisée par les générations successives des &lt;i&gt;technologies du portable et de l'emportable&lt;/i&gt; ; l'inertie polaire de l'instant réel des télécommunications dominant désormais l'inertie immobilière du domaine foncier de l'espace réel de la cité d'autrefois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(...) &lt;i&gt;Il est trop tard, en effet, pour avoir une vie privée&lt;/i&gt;, une permanente proximité physique avec ses semblables, comme jadis dans cette cité où l'accumulation dominait encore sur l'accélération.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Flux tendus, stocks zéro&quot;, ce mot d'ordre de la grande distribution illustre mieux que tout l'exode urbain vers l'outre-ville, l'omnipolis d'une simultanéité où le temps réel de l'interactivité des télécommunications l'emporte désormais de très loin et de très haut sur l'espace réel de nos activités quotidiennes.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paul Virilio,&amp;nbsp;d'après&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;Le futurisme de l'instant&lt;/span&gt; (in Rue Saint-Guillaume, n°155)&lt;/p&gt;
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