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<title>New world, new deal</title>
<description>Autour du monde (American Notebook), by Olivier Beaunay</description>
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<lastBuildDate>Wed, 25 Nov 2009 16:13:29 +0100</lastBuildDate>
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<copyright>All Rights Reserved</copyright>
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<title>Boston, Revolutionary Raid</title>
<link>http://oliverbe.blogspirit.com/archive/2009/11/07/boston.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Olivier Beaunay)</author>
<category>Chroniques américaines</category>
<pubDate>Wed, 25 Nov 2009 16:13:29 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;On ne sait trop, en traversant la Nouvelle-Angleterre vers la capitale du Massachusetts, si l'on repart pour la lointaine Europe ou si l'on revient aux origines de l'Amérique. C'est que, par son architecture et son histoire, par son ancrage libéral, sa sensibilité humaniste et sa tradition émancipatrice, Boston est un trait d'union entre les deux mondes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bordant la pointe avancée de la vieille ville, Charles Street relie Beacon Hill au Theater District. C'est une artère maîtresse qui fait une sorte de frontière entre le pouvoir à l'est et le savoir à l'ouest. Les boutiques chics y côtoient les antiquaires scandinaves et les adresses &lt;i&gt;casual&lt;/i&gt; du quartier, parmi lesquelles il faut compter les breakfasts justement renommés du Paramount Café autant que les pizzas inventives de Figs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au sud, ce sont les larges espaces verts du Boston Common, ses plans d'eau paisibles et ses &lt;i&gt;rangers&lt;/i&gt; impeccables à cheval sous les saules. Au nord, Louisburg Square est le coeur du quartier dit des &quot;Brahmanes&quot;, cette aristocratie des grandes familles pionnières qui continue depuis les hauteurs de Beacon Hill de dominer la ville et de conduire ses affaires.&amp;nbsp;Bloomberg est à New York, Kerry vient de Boston : l'un vient du business et vit à Harlem, l'autre du service public et loge sur les hauteurs de Beacon. En se rémémorant la campagne malheureuse de Kerry, on se dit qu'il y a une politique des affaires qui manque à l'aristocratie du savoir - deux mondes qu'Obama a su réconcilier mieux que lui en créant une tension propre entre le Midwest et le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De l'autre côté de la baie, on parle un anglais de &lt;i&gt;paesani&lt;/i&gt;, mais on connaît la musique. Sur l'air du Parrain repris chaque soir que Dieu, lassé, accorde de vie à l'accordéoniste du Café Vittoria (c'est sans doute que les &lt;i&gt;cannolli&lt;/i&gt; maison inspirent toutes les indulgences), North End, le quartier italien, s'avance vers la mer au nord-est en évitant les écueils du tourisme ordinaire. On mange bien pour pas cher en remontant Hanover Street et on dîne mieux, plus salé, un peu plus bas, chez Bricco (le carpaccio de boeuf et l'&lt;i&gt;osso bucco&lt;/i&gt; au riz safrané y sont parfaits).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre les deux mondes, le mémorial de la Shoah fait de sa frêle architecture - une succession de colonnes de verre s'élevant, au milieu des vapeurs, au-dessus d'une myriade d'étoiles fichées dans le sol - un signe à la fois visible et transparent, vaillant et asthénique. C'est un monde à l'envers dans lequel les morts, les soirs d'Halloween, chuchotent à l'oreille des passants, au milieu du tempo trépidant des pubs d'Atlantic Avenue, la litanie des massacres. La musique écrase les soupirs des égarés, la pluie absorbe les larmes des Justes. Ce qu'il faut de pierre pour oublier, ce qu'il faut d'oubli pour vivre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En poussant un peu de l'autre côté vers Black Bay&amp;nbsp;au-delà des artères commerciales de Newburry et Boylston, la ville s'étend entre le calme prospère de Commonwealth Avenue et le parc étroit qui borde la Charles River. Plus loin encore, on atteint le long étang sauvage de Fenway qui, protégé d'une haute haie de roseaux denses, zigzague vers le sud-ouest en délimitant le territoire des hautes institutions culturelles que sont le conservatoire, le Symphnoy Hall et le Museum of Fine Arts. Dès que l'on s'écarte de cette réserve qui mêle harmonieusement nature et culture, la vieille ville finit pourtant, au coin de Ruggles Street et de Huntington Avenue,&amp;nbsp;par se faire happer&amp;nbsp;par les grands ensembles hospitaliers ou universitaires en béton qui marquent, avec le départ du sud, la frontière d'une ville plus massive et populeuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On retrouve cette double dimension de l'autre côté de la Charles River, à Cambridge, dans le périmètre concentrique que dessine le vieux campus de Harvard et l'université moderne. Le Harvard Yard n'est pas seulement vénéré comme un temple : il travaille, avec des placements de plusieurs dizaines de milliards, à sa prospérité - musées et églises inclus. Bologne, la Sorbonne, sont de plus anciennes universités ; mais l'Amérique a su mieux que l'Europe investir dans ce qui fait à la fois son influence et son avenir. Ici, ce n'est pas l'administration qui attire et régente, ce sont les technologies qui inspirent et le commerce qui commande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre les hauteurs chics de Louisburg Square et le côté Pacific Coast mi-hype mi-rock&amp;nbsp;des franges de Newburry, on oublierait presque le Boston subversif des commencements, celui de la Boston Tea Party, des loges maçonniques, de l'émancipation des Noirs et de la bataille de Bunker Hill qui menèrent tout droit à la Déclaration d'Indépendance. Tout au long du&amp;nbsp;Freedom Trail qui va d'est en ouest de Charlestown à Bunker Hill en passant par Old North Church, Paul Revere House, Faneuil Hall, Old State House et King's Chapel jusqu'au majestueux Massachusetts State House qui domine le Common, c'est pourtant le Boston révolutionnaire qui structure encore la ville.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Boston est une sorte de conscience du monde, plus avisée que l'Amérique mais aussi plus avancée que l'Europe.&amp;nbsp;Au fond, on va à Boston comme on part en pélerinage, aux sources de l'humanisme politique moderne. Ville bourgeoise, assurément, mais cette bourgeoisie-là abrite une sorte de Tiers-Etat du monde dans sa version contemporaine d'une avant-guarde éveillée, multiculturelle et mobile, qui vaut bien les sursauts raides et bravaches du Vieux Monde.&lt;/p&gt;
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<title>Maison des morts, mort de l'opéra ?</title>
<link>http://oliverbe.blogspirit.com/archive/2009/11/14/from-the-house-of-the-dead.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Olivier Beaunay)</author>
<category>Représentations</category>
<pubDate>Wed, 18 Nov 2009 23:26:15 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;Avec &lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;De la maison des morts&lt;/span&gt; (From the House of the Dead), l'opéra de Janacek, Chéreau avait triomphé il y a deux ans à Aix dans une oeuvre qui fut finalement désignée comme le meilleur opéra de l'année. Qu'en serait-il pour sa première au Met ?&amp;nbsp;L'histoire, inspirée de &lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;Crimes et châtiments&lt;/span&gt; et&amp;nbsp;de l'expérience concentrationnaire de Dostoïevski, raconte la vie dans un camp en Sibérie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une histoire ? Plutôt une intrication d'épisodes et de récits &lt;i&gt;en masse&lt;/i&gt; dans lesquels se mêlent, entre la cour et le dortoir, l'avidité et l'amour, la violence et le jeu, l'humiliation et l'espoir, la vérité et le délire, la solidarité et la mise à mort. On passe de la dureté de la cour dans laquelle triomphe la loi du plus fort à l'explosion de liberté subversive à laquelle donne lieu le spectacle joué par les détenus, jusqu'à la déréliction mélancolique du dortoir. Les bouffées d'obscénité joyeuse y côtoient une pureté dépouillée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a bien de l'ennui aussi, mais c'est celui des spectateurs. Le &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt; a parlé à propos de la mise en scène de Chéreau de &quot;cent minutes d'absolue perfection&quot;. Ce doit être de l'humour britannique. A-t-on déjà vu un silence absolu accompagner un rideau tomber à l'entracte ? Bondy, qui revenait sur les huées qui ont accompagné sa mise en scène de Tosca il y a peu, a raison de souligner, dans une conversation récente avec Chéreau, Peter Gelb (le directeur général du Met) et Barlett Scher (le metteur en scène de théâtre), qu'il vaut mieux le tollé au silence : celui-là témoigne, à sa manière, d'une appropriation du spectacle par le public quand celui-ci confine à la mise à mort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le sujet de Chéreau était bien de montrer une sorte de concentré de vie dans un univers carcéral faisant &amp;nbsp;écho à la vie en société, la mise en scène ne manquait pourtant pas d'atouts. Un décor magnifiquement épuré de blocs de béton brut (que l'on doit une fois encore à Richard Peduzzi), un jeu d'ombres et de lumière remarquable signé Bertrand Couderc, des costumes sobres (Carioline de Vivaise) marquant à la fois l'intemporalité et l'universalité du sujet, ainsi qu'une porosité revendiquée entre la société et le camp.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Surtout, non seulement le sujet en lui-même ne manquait pas de puissance sur le thème de l'aliénation et de la douleur, mais Chéreau a su aussi lui donner une dimension audacieuse à travers une orchestration marquée par une grande liberté de ton et de mouvement. En ce sens, &lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;De la maison des morts&lt;/span&gt; est moins une invitation aux réjouissances ordinaires qu'un appel à participer à une exploration. Après tout, c'est la force des avant-guardes que de savoir simultanément explorer et subvertir en bousculant les marqueurs familiers de la représentation - tralalas attendus, place du spectateur et statut de la notion même de spectacle, sinon de celle de plaisir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bref, on aurait aimé aimer. En dépit de l'art maîtrisé de Salonen, le chef d'orchestre finlandais dont c'était aussi une première, si brillant à appréhender les multiples transitions d'une partition dont les variations entre élans et grincements s'apparentent à une recherche de sens mouvante et incertaine, cette tentative manque cruellement de charpente. Que l'explosion de violence qui marque l'acte I et le déchaînement d'obscénités cathartiques qui commandent l'acte II mènent à l'essouflement et au désespoir qui font le troisième et dernier acte, cela peut s'entendre. Mais l'affaire se suit avec beaucoup de difficulté dans un parti pris organique qui, au milieu d'une centaine d'acteurs, affirme le primat du collectif sur l'individu dans un mélange prémédité de cacophonie et de désordre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;In fine&lt;/i&gt;, la représentation fut malgré tout acclamée. Mais c'était là sans doute moins le signe d'un quelconque bonheur de la représentation que d'une sorte de rattrapage de la mésentente qu'avait suscitée &lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;Tosca&lt;/span&gt; et qui avait mis le public new yorkais dans la position peu enviable d'une arrière-garde de l'internationale culturelle. Il y a peu de peuples qui se soucient avec autant d'ardeur de se faire aimer des autres nations et c'est d'ailleurs en quoi&amp;nbsp;nombre d'Américains ont été si malheureux au cours des années Bush. En somme, ce que le public new yorkais aura exprimé dans ce contexte, c'est peut-être&amp;nbsp;moins l'appréciation de la performance de Chéreau que son désir de rehausser sa posture.&lt;/p&gt;
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<title>Andreotti ou la machinerie immémoriale du pouvoir (à propos de Il Divo de Paolo Sorrentino)</title>
<link>http://oliverbe.blogspirit.com/archive/2009/11/10/sur-il-divo.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Olivier Beaunay)</author>
<category>Cinema Paradiso</category>
<category>De la démocratie vue d'Amérique</category>
<pubDate>Thu, 12 Nov 2009 18:26:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;Un mur tombe et, quelques années plus tard, dans le cocktail d'abrutissement généralisé que produit la conjonction de la démoctarie &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt; et du divertissement planétaire, la Guerre froide apparaîtrait pour un peu comme un polar grotesque. On aurait presque oublié la violence de cet affrontement-là au sein des grandes démocraties occidentales si Paolo Sorrentino n'avait signé avec &lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;Il Divo&lt;/span&gt; une farce caustique et brillante, baroque et dense, autour de Giulio Andreotti, le dirigeant de la Démocratie Chrétienne qui domina la scène politique italienne de l'après-Guerre jusqu'au début des années 90.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entouré d'une faction au sein de laquelle s'associent hommes d'église et hommes de main, politiciens véreux, membres de la fameuse loge P2 et entremetteurs de toutes sortes, Andreotti, plus de vingt fois ministre, sept fois président du Conseil, façonne l'Italie qui va des années de plomb aux procès &quot;Mani pulite&quot;. Pris dans la toumente et impliqué dans nombre de ces procès, Andreotti nie en bloc assassinats politiques et liaisons mafieuses, notamment avec Toto Riina, lorsque l'homme de Corleone impose son emprise sanglante à Cosa Nostra et la stratégie de la terreur à la société italienne. Non seulement il sauve sa peau, mais il se fait encore nommer sénateur à vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Incarné à merveille par un Toni Salviano, impassible et voûté, cynique et lapidaire, le personnage d'Andreotti, qui fut tour à tour baptisé &quot;le Renard&quot;, &quot;Belzébuth&quot;, &quot;l'Inoxydable&quot;, le &quot;Petit Bossu&quot; ou encore &quot;le Pape Noir&quot;, révèle et incarne toute l'étendue de la lutte conservatrice pour préserver l'Italie de la menace communiste, dût-il en coûter quelques petits arrangements meurtriers entre amis. On dira que la justice n'a pas tranché, ou pas vraiment, et l'on fera bien de regarder l'affaire en détail dans une série d'acquittements qui rappelle étrangement les acquittements en chaîne des procès de Cosa Nostra avant l'irruption, puis la pulvérisation de Giovanni Falcone (1).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En réalité, le film de Sorrentino est à la fois moins et plus. Moins, parce que la densité de l'intrigue relatée sur un rythme de mitraillette et de musique rock ou électro ne laisse le plus souvent émerger que la face noire d'un homme qui confesse avoir substitué les archives à l'imagination - plus utile, comme ultime avertissement, pour maintenir une certaine qualité de silence. Plus, car en s'extirpant du même coup de la guangue des faits, le film fixe un peu de l'intemporalité machiavélienne inhérente à tout pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoi ? Que l'on sache, ni Mendès ni Deniau, et Rocard pas davantage que Jospin n'ont été présidents de la République. Il n'y eut, de ce côté-ci de la&amp;nbsp;passion politique,&amp;nbsp;que Mitterrrand, son passé arriviste et louche, sa brillante incarnation de l'espérance populaire, ces accointances obscures et ses amitiés coupables. Le même constat vaut pour l'autre côté de l'échiquier politique transalpin (encore faut-il se souvenir que le PSI finit par sombrer lui aussi dans l'affaire) : un observateur de la vie politique italienne avance qu'aujourd'hui encore 99 % des Italiens ont, sinon de la sympathie, du moins de l'admiration pour Andreotti, son intelligence et son humour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est aussi à partir de ces années-là que Berlusconi, qui sera lui aussi accusé sans suite sinon de turpitudes, du moins d'affinités similaires, émerge avec &lt;i&gt;Forza Italia&lt;/i&gt; et impose progressivement son emprise à la vie politique transalpine en blanchissant du même coup, et ses affaires, et ses amis. La démocratie à l'italienne, &lt;i&gt;what else ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vérité est qu'à partir d'un certain degré d'ambition, tout homme politique devient non seulement un tueur en puissance, au moins au sens figuré, mais aussi l'incarnation d'une forme d'immunité amorale dont le tribunal serait non celui, toujours imbécile, de l'agitation populaire mais celui, imparfait mais acceptable, de l'Histoire quand les passions se sont estompées. C'est toujours le problème avec les démocraties, il faut attendre que ça passe. Les démocraties populaires oubliaient les procédures et ne faisaient guère dans le détail (2) ; les démocraties libérales perdent la main en s'enferrant dans le détail des procédures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous voici donc orphelins et cyniques, faisant de la nation une extrapolation du canton, du monde un cantonnement de scouts au milieu du cyclone et de la politique un repaire de sacristains, ou de salauds.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne reste plus que la culture, ou la religion. La culture ? Comme les autres, qui ne résistent guère à la tentation d'un surcroît d'immortalité à moins qu'ils n'aient rêvé par là d'un peu plus de lumière, Andreotti confesse qu'elle a été une vocation manquée. Ce recours de dernière instance, ce pourrait être alors celui du Jugement dernier. C'est le sens du puissant monologue d'Andreotti qu'imagine Sorrentino lorsque se déchaîne la vindicte publique. Un soliloque précis et inspiré, maîtrisé et d'une violence sourde en même temps, qui résonne comme la profession de foi immémoriale de tout Roi nécessaire face aux contingences de ce sombre apostolat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;_____&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(1) Voir là-dessus l'excellente enquête de John Follain, &lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;The Last Gofathers, Inside the Mafia's Most Infamous Family&lt;/span&gt;, St. Martin's Press, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(2) On lira à ce propos avec intérêt, pour une évocation tragi-comique récente,&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;Le club des incorrigibles optimistes&lt;/span&gt; de Jean-Michel Guenassia, Albin Michel, 2009.&lt;/p&gt;
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<guid isPermaLink="true">http://oliverbe.blogspirit.com/archive/2009/11/06/sur-il-barbiere-di-siviglia.html</guid>
<title>Le Barbier de Séville ou l'opéra comme art total</title>
<link>http://oliverbe.blogspirit.com/archive/2009/11/06/sur-il-barbiere-di-siviglia.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Olivier Beaunay)</author>
<category>Représentations</category>
<pubDate>Mon, 09 Nov 2009 23:37:22 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;Le propre des grandes comédies, c'est de toucher parfois au tragique sans se laisser happer par lui. Il y a un peu de cette tension&amp;nbsp;dans l'ouverture magistrale du &lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;Barbier de Séville&lt;/span&gt; dont la tentation dramatique finit par se laisser emporter par une entraînante introduction à la fête.&amp;nbsp;Et c'est bien d'une fête qu'il s'agissait l'autre soir au Met sous la direction de Maurizio Benini - et l'une des meilleures qui soient : allègre, drôle, pleine de rebondissements, de jeux et d'inventions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Déguisé en Lindoro, le comte Almaviva est amoureux de la jeune Rosina, que surveille cependant de très près le vieux docteur Bartholo, son tuteur, qui compte bien se réserver les faveurs de la jeune femme à travers un mariage arrangé dans la précipitation que lui inspire une intuition jalouse. Avec la complicité du barbier de la ville, Figaro, le comte déguisé&amp;nbsp;en maître de musique et bientôt en officier,&amp;nbsp;s'introduit dans la demeure du vieillard et finit, à travers une série d'épisodes rocambolesques et hauts en couleur, à dérober Rosina à son emprise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'oeuvre s'inscrit dans la tradition de la critique sociale ouverte par les grandes pièces comiques du XVIIème et que le XVIIIème va rendre à la fois plus mordante et subversive. Dans la mesure où le comte ne dévoile son identité qu'&lt;i&gt;i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n fine&lt;/i&gt;, Rosina accorde ses faveurs à un jeune homme sans fortune au détriment d'un barbon acariâtre, tandis que Figaro s'affranchit avec bonheur des codes sociaux de l'époque aussi bien par la liberté que lui confère son statut que par ses talents d'entremetteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un décor dont les changements sont ici ingénieusement intégrés à l'action en temps réel, notamment dans la très belle scène de l'orage ou dans l'arrangement des projets de mariage qui ne vont ni sans créativité pour l'une ni sans virtuosité pour l'autre, l'oeuvre de Rossini emporte l'adhésion comique par un enchaînement harmonieux de situations rocambolesques qui fait la part belle au jeu des acteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A ce compte-là, dans le rôle du vieux docteur soupçonneux, John del Carlo s'impose nettement au-dessus de la mêlée, Figaro compris, tant par la puissance de sa voix que par sa prestance sur scène ou par son répertoire comique, dont les parodies désopilantes qu'il fait des manières de cocotte de Rosina ou encore la scène de la leçon de musique comptent parmi les grands moments de la représentation. L'extension de la scène au-delà de la fosse en une promenade qui s'avance vers la salle&amp;nbsp;lui permet aussi, notamment au début du second acte, de donner toute la mesure de son talent et de son habileté à établir une connivence ludique avec le public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le rôle de Rosina,&amp;nbsp;Joyce DiDonato fait une amoureuse plus qu'honorable, se débattant avec beaucoup de vivacité entre les griffes de son tuteur et les ruses de son prétendant. Figaro (Franco Vassalo) se sort lui aussi fort bien, dans le rôle du valet émancipé - &quot;&lt;i&gt;barbiere di qualità&lt;/i&gt;&quot; -, aussi inventif que prospère, des exercices imposés, souvent acrobatiques, de l'intrigue. Les attentions appuyées que lui manifestent ses courtisanes, au beau milieu de la scène du Met, à quelques semaines du tollé déclenché par les audaces de Tosca, auraient pu faire frémir ; mais elles sont ici emportées par la musique autant que par l'action.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Barry Banks, dans cette distribution, tient le rôle d'Almaviva au-dessus de l'eau, mais il fait tout de même un peu pâle figure. S'il est un moteur dans l'oeuvre, il n'en commande ni l'énergie ni l'enchantement de la représentation et, pour un peu, le vieux majodorme du docteur (Marc Schwalter) - qui incarne ici un rôle de comédien pur - lui volerait la vedette, au moins dans le registre comique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne suffit pas d'être chanteur pour interpréter ces rôles-là : il faut être aussi un comédien de talent. Et c'est en quoi le Barbier de Séville, servi par une partition qui porte l'action avec rythme et justesse, est un opéra qui manifeste quelque chose d'un art total.&lt;/p&gt;
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<guid isPermaLink="true">http://oliverbe.blogspirit.com/archive/2009/11/05/reminiscences-ethnographiques-2-adieu-sauvages-adieu-voyages.html</guid>
<title>Réminiscences ethnographiques (2) &quot; Adieu sauvages ! adieu voyages!...</title>
<link>http://oliverbe.blogspirit.com/archive/2009/11/05/reminiscences-ethnographiques-2-adieu-sauvages-adieu-voyages.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Olivier Beaunay)</author>
<category>Textes &amp; Cie</category>
<pubDate>Fri, 06 Nov 2009 23:27:27 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&quot; Pas plus que l'individu n'est seul dans le groupe et que chaque société n'est seule parmi les autres, l'homme n'est seul dans l'univers. Lorsque l'arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s'abîmer dans le vide creusé par notre fureur; tant que nous serons là et qu'il existera un monde - cette arche ténue qui nous relie à l'inaccessible demeurera, montrant la voie inverse de celle de notre esclavage et dont, à défaut de la parcourir, la contemplation procure à l'homme l'unique faveur qu'il sache mériter : suspendre la marche, retenir l'impulsion qui l'astreint à obturer l'une après l'autre les fissures ouvertes au mur de la nécessité et à parachever son oeuvre en même temps qu'il clôt sa prison ; cette faveur que toute société convoite, quels que soient ses croyances, son régime politique et son niveau de civilisation ; où elle place son loisir, son plaisir, son repos et sa liberté ; chance, vitale pour la vie, de se &lt;i&gt;déprendre&lt;/i&gt; et qui consiste - adieu sauvages ! adieu voyages ! - pendant les brefs intervalles où notre espèce supporte d'interrompre son labeur de ruche, à saisir l'essence de ce qu'elle fut et continue d'être, en deçà de la pensée et au-delà de la société : dans la contemplation d'un minéral plus beau que toutes nos oeuvres ; dans le parfum, plus savant que nos livres, respiré au creux d'un lis ; ou dans le clin d'oeil alourdi de patience, de sérénité et de pardon réciproque, qu'une entente involontaire permet parfois d'échanger avec un chat.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude Lévi-Strauss, &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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<guid isPermaLink="true">http://oliverbe.blogspirit.com/archive/2009/11/05/le-monde-a-commence-sans-l-homme.html</guid>
<title>Réminiscences ethnographiques (1) &quot;Le monde a commencé sans l'homme...&quot;</title>
<link>http://oliverbe.blogspirit.com/archive/2009/11/05/le-monde-a-commence-sans-l-homme.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Olivier Beaunay)</author>
<category>Textes &amp; Cie</category>
<pubDate>Thu, 05 Nov 2009 22:59:53 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&quot; Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui. Les institutions, les moeurs et les coutumes, que j'aurai passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d'une création par rapport à laquelle elles ne possèdent aucun sens, sinon peut-être de permettre à l'humanité d'y jouer son rôle. Loin que ce rôle lui marque une place indépendante, et que l'effort de l'homme - même condamné - soit de s'opposer vainement à une déchéance universelle, il apparaît lui-même comme une machine, peut-être plus perfectionnée que les autres, travaillant à la désagrégation d'un ordre originel et précipitant une matière puissamment organisée vers une inertie toujours plus grande et qui sera un jour définitive.&amp;nbsp;Depuis qu'il a commencé à respirer et à se nourrir jusqu'à l'invention des engins atomiques et thermonucléaires, en passant par la découverte du feu - et sauf quand il se reproduit lui-même -, l'homme n'a rien fait d'autre qu'allègrement dissocier des milliards de structures pour les réduire à un état où elles ne sont plus susceptibles d'intégration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans doute a-t-il construit des villes et cultivé des champs ; mais, quand on y songe, ces objets sont eux-mêmes des machines à produire de l'inertie à un rythme et dans une proportion infiniment plus élevés que la quantité d'organisation qu'ils impliquent. Quant aux créations de l'esprit humain, leur sens n'existe que par rapport à lui, et elles se confondront au désordre dès qu'il aura disparu. Si bien que la civilisation, prise dans son ensemble, peut être décrite comme un mécanisme prodigieusement complexe où nous serions tentés de voir la chance qu'a notre univers de survivre, si sa fonction n'était de fabriquer ce que les physiciens appellent entropie, c'est-à-dire de l'inertie. Chaque parole échangée, chaque ligne imprimée établissent une communication entre les deux interlocuteurs, rendant étale un niveau qui se caractérisait auparavant par un écart d'information, donc une organisation plus grande. Plutôt qu'anthropologie, il faudrait écrire &quot;entropologie&quot; le nom d'une discipline vouée à étudier dans ses manifestations les plus hautes ce processus de désintégration. &quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (Plon, 1955)&lt;/p&gt;
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<title>Un orage à New York (2) Central Park, ground zero</title>
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<author>noreply@blogspirit.com (Olivier Beaunay)</author>
<category>Au fil des événements</category>
<category>Chroniques américaines</category>
<category>La vie quotidienne à New York au temps d'Obama</category>
<pubDate>Tue, 03 Nov 2009 23:11:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;En fin d'après-midi, le ciel se couvre brutalement d'imposants nuages sombres qui finissent par se rejoindre en un lourd couvercle opaque qui recouvre la ville en aspirant la lumière du jour. Une chaleur tropicale, lourde et grise, s'empare de la vieille cité déglinguée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis, des premiers souffles d'air s'engouffrent par les couloirs qui entaillent le coeur de la ville, faisant légèrement osciller les grands arbres qui s'alignent, en enfilade, le long des rues. Dans les parcs, les arbres font bloc ; à mesure que le vent se lève, ils commencent d'entrer dans la danse. Ce sont d'abord de lentes oscillations saisissant les troncs, qui s'étendent progressivement jusqu'aux sommets et qui donnent bientôt l'impression d'une flotte brinquebalée par de grandes vagues aériennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On entend, au loin, le bruit sourd que commencent à faire les éclairs en provenance de la mer, par le sud. A une vitesse que ne laissaient pas deviner ces premiers ébranlements,&amp;nbsp;une série de déflagrations explose&amp;nbsp;littéralement au-dessus - ou au milieu, on ne sait plus très bien - de la ville, produisant un effet similaire&amp;nbsp;à une série d'attaques coordonnées qui viseraient à mettre la ville à genoux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les éclairs crèvent la couche noire des nuages et s'abattent sur Manhattan avec une violence inouïe. Plongées dans une obscurité épaisse que les lampadaires ne parviennent plus à dominer, les avenues se voient illuminées par à-coups de lueurs aveuglantes, entre deux périodes d'obscurité lunaire que séparent, chaque fois, une poignée de secondes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des masses d'eau compactes tombent soudain sur la ville. Sous le poids de ce déversement, les arbres, qui s'agitaient encore en tous sens quelques minutes auparavant, se recroquevillent comme s'ils tentaient de puiser dans leur sève pétrifiée la ressource d'une résistance incertaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les terrasses sont balayées, les jardins inondés en quelques instants. Les fils, pendus à l'extérieur des &lt;i&gt;brownstones&lt;/i&gt; fouettent les façades, décrochent parfois sous le poids de cette attaque en masse. Les gouttières se mettent à dégueuler à gros flots, les jardins, les trottoirs, les avenues... la ville prend l'eau de toutes parts sous le vacarme effrayant que font les escadrons d'éclairs que libère soudain leur plongée sous la voûte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A Manhattan, dans le Queens ou le Bronx, la ville tient pourtant. On se demande comment tout cela, entre 21h55 et 22h30, n'a pas été emporté par la masse et rayé de la carte. C'est un miracle, mais qui se paie de lourdes pertes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lendemain de ce soir-là, Central Park est un champ de bataille désolé. Sous des vents de plus de 70 miles/heure (près de 115 km/h), une centaine d'arbres sont tombés, fendus à mi-hauteur ou cassés net. Des centaines sont endommagés, beaucoup de hêtres, d'ormes, de châtaigniers dans la zone Nord notamment. &quot;&lt;i&gt;Central Park devastated&lt;/i&gt;&quot; titre le New York Times, qui indique que les dégâts causés l'emportent sur la dernière tempête de neige des années 80 ou même sur le cyclone Gloria. Un météorologiste de la base de Long Island du National Weather Service, David Wally, fait du parc le &quot;&lt;i&gt;ground zero&lt;/i&gt;&quot; de la tempête.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la plus sévère catastrophe naturelle à New York depuis trente ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dès l'aube, balayeuses, tronçonneuses, broyeuses, équipes d'urgence et camions d'évacuation sont à l'oeuvre. La civilisation tente de reprendre ses droits, la mécanique assourdit la désolation. Elle parvient assez bien, au reste, à circonscrire le désastre. La matière, agglomérée, cristallisée, patinée, a tenu. Pourtant, entre le souvenir du 11 septembre et les scénarios de films catastrophes, sous les assauts combinés, concentrés, du ciel et de la mer, un sombre tressaillement s'est fiché au coeur de la ville.&lt;/p&gt;
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