23/07/2008
Un été américain (1) Manhattan transfer
Retour à New York une fin de semaine brûlante, sur le tarmac de La Guardia, une pointe de frime en passant comme un retour du bel âge, pour retrouver ma famille qui y est de passage et reprendre contact avec Manhattan. Annie se faisant recruter par Victoria Secret comme directrice du design de "Body by Victoria" - une nomination exceptionnelle qui a été rapide et qui renforce encore mon admiration et ma fierté pour elle -, nous nous apprêtons à nous y installer, à moitié seulement pour moi qui conserve, de l'autre côté de l'état de New York et du Lac Ontario, ma base professionnelle à Toronto.
Dans la foulée, nous officialisons notre union civile à City Hall, entre l'agitation qui domine au-delà de Chambers et la tranquillité profonde des jardins qui jouxtent le fronton de la Nouvelle Amsterdam. Une nouvelle vie a commencé qui, ces derniers temps, produit de la nouveauté quasiment chaque mois. Un rythme soutenu qui ne nous déplaît pas tant que nous parvenons, pour une part au moins, à l'organiser dans une triangulaire néanmoins un peu compliquée qui comprend, outre New York et Toronto, Columbus (où nous conservons la maison pour quelques semaines encore) et de nombreux voyages professionnels en Europe et en Asie.
A deux pas du siège de Victoria Secret, sur la 50ème West où nous logeons temporairement, Broadway est submergée de la foule des couche-tard et des touristes, quelque chose entre Pigalle et les Champs. Parfois au détour des carrefours, des odeurs acres, quelquefois violentes, surgissent, des odeurs de brochettes fumantes, d'eau croupie ou de pisse au pied du siège de grandes compagnies de divertissement ou des restaurants chics. Le contraste est frappant avec Bryant Park, un peu plus bas - cette oasis verte au beau milieu de la ville sous la 42ème où nous passons, sur la belle terrasse du restaurant du parc, une soirée d'anniversaire mémorable.
La vie est plus paisible en descendant downtown vers Greenwich et Soho - un quartier qui s'impose comme un point de chute possible. D'autres options existent, comme le duplex avec terrasse que nous visitons West side sur la 84ème à hauteur du milieu de Central Park. La tonalité à Soho est plus familière, le quartier est proche par certains côtés du Marais. Comme l'a révélé le choix de German Village à Columbus sans toutefois que nous nous en rendions compte tout d'abord, c'est comme si nous oscillions toujours dans nos choix entre l'Amérique - c'est par définition notre environnement - et l'Europe, à travers les endroits où nous choisissons d'habiter.
Mes parents, qui nous ont rejoints à Columbus puis à Toronto, sont ravis de leur promenade américaine à nos côtés, sous des angles qui leur font voir l'Amérique d'une façon à la fois différente et privilégiée. Quelques discussions autour de mon nouveau boulot, mais aussi sur la société américaine et un peu de politique as usual avec mon père ; avec maman, les choses sont toujours plus intuitives. Tout cela fait, avec eux aux alentours de soixante-dix ans et nous de la quarantaine, des retrouvailles heureuses, et même harmonieuses, avec des parents qui se laissent faire avec un plaisir évident. Cette relative et parfois subtile inversion des rôles est un des beaux moments de la vie surtout lorsqu'elle se réalise en un moment d'accomplissement pour les uns et pour les autres. Ruth, notre voisine de passage - une britannique francophile venue accompagner sa fille pour la préparation de Billy Elliot sur Broadway - doit le sentir qui se lie spontanément d'amitié avec eux.
En fin de séjour pourtant, mon père a un petit accident vasculaire qui aurait pu transformer tout cela en drame. Comme l'incident paraît léger et que nous en ignorons la cause, nous mettons cela, dans le restaurant italien de la 8ème dans lequel nous nous retrouvons quand j'arrive une fois de plus in extremis et tard de Toronto, sur le compte de la fatigue d'un séjour qui les a, malgré tout, beaucoup sollicités depuis trois semaines. Je me laisse embarquer, la veille de leur départ, par les propos faussement rassurants de mon père. Je m'en voudrais beaucoup un peu plus tard d'avoir cédé là où il fallait, sans discuter, imposer la décision d'un passage immédiat aux urgences, seul contre vents et marées si nécessaire.
Cette inertie face à cette irruption maligne de la gravité au milieu de ce séjour harmonieux me désarme et m'alerte. En voulant éviter de gâcher la fin du séjour par une mesure qui pouvait paraître excessive, nous aurions pu tout gâcher pour de bon, en effet, si l'incident avait été plus grave. Une leçon pour la suite, mais une leçon que je ne voudrais pas avoir éprouvée. A peine arrivé, mon père est interné à l'hôpital Charles Nicole à Rouen. Il va mieux. Mais, après chaque coup de fil, je me sens investi d'une responsabilité nouvelle. Je me sens aussi désarmé et plus vieux, soudain, de quelques années.
A onze ans, dans une situation il est vrai compliquée par des problèmes de santé dont les médecins peinèrent un an durant à identifier la cause, je me réveillais en pleine nuit en refusant avec force l'idée de la mort de mes parents. Je n'ai, il y a trois ou quatre ans, accepté de laisser partir ma grand-mère italienne au retour d'un long séjour aux antipodes que parce que, dans un dernier soupir, la veille de sa mort, elle m'a chuchoté, l'air soudain libéré, qu'elle était trop fatiguée pour lutter davantage encore. Pour la première fois de ma vie, j'ai passé ma main sur le front de cette grande femme énergique et aimante qui a enchanté toute mon enfance. Elle m'a laissé faire avec la très grande douceur d'une extrême faiblesse. Puis j'ai acquiescé, dans les yeux, d'un petit signe de la tête. J'ai l'impression, encore maintenant, qu'il n'y avait rien d'autre à faire. Cela avait l'air si dur.
Si j'ai parfois joué avec ma propre vie d'une façon sans doute parfois inconsidérée au regard du registre ordinaire de l'adolescence, je peux dire en même temps que je n'ai pourtant jamais accepté la mort de ceux que j'aime. Ils représentent tout ce que j'ai, qui ne m'appartient pas mais qui me mêle inextricablement à eux. Ni espoir, ni lâcheté ou, pour dire comme Comte-Sponville, ni béatitude, ni désespoir. Ce n'est pas maintenant que je vais céder là-dessus.
22:50 Publié dans Chroniques américaines, Humeurs & autres variations | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Amérique, Etats-Unis, famille, Victoria Secret
26/03/2008
Santé, prospérité... humour ?
Un petit coup de mou au bureau... Savez-vous que l'humour paie ?
Rendez-vous sur Oliver & Compagnie pour booster votre carrière.
Dans la bonne humeur.
22:58 Publié dans Humeurs & autres variations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, management, succès
17/03/2008
Un nouveau livre de la jungle ? (Autour de paperblog)
Perdu dans la jungle des blogs ? Paperblog est un portail créé en juillet 2007 par une équipe de l'Ecole nationale supérieure des télécommunications pour sélectionner quelques uns des meilleurs blogs du moment. C'est une des vingt-sept "entreprises innovantes" qui utilisent l'expertise d'une grande école pour développer leur concept.
Créé à l'initiative notamment de Nicolas Verdier suite à la découverte de la blogosphère aux Etats-Unis, l'objectif du portail est simple : sélectionner et faire connaître une large sélection de sites francophones de la blogosphère, "un océan où sont noyées des pépites" selon son promoteur.
Culture, cuisine, Internet, high tech, insolite, people, sexo mais aussi conso, sorties, finances, sports, santé ou voyages : à ce jour, sur les six derniers mois, l'équipe de Paperblog (5 salariés et 3 stagiaires) a repéré et classé 2000 blogs. 1200 articles sont passés au crible chaque jour à travers deux filtres : l'un, un programme informatique permettant d'évaluer la qualité rédactionnelle des papiers, l'autre un tri lié aux préférences des internautes eux-mêmes.
C'est ce dernier filtre qui commande l'affichage à la une du portail. Vous pouvez à ce propos retrouver à la une sur paperblog la note consacrée sur ce blog à l'exposition Monet au Columbus Museum of Art dans une version illustrée par la rédaction, plus agréable à consulter, dans la rubrique culture (accès direct possible via le logo paperblog ci-contre).
Paperblog était consulté en début d'année par 25000 internautes par jour. Le spectre du site est à l'évidence plus varié que ne l'est celui des grands medias citoyens tels qu'Agoravox ou les sites d'idées que sont Telos, Nonfiction ou encore Montaigne. La culture dite "générale", en un sens plus proche de l'intelligence collective que des humanités compassées, ne s'en portera que mieux.
Cela fait au total une communauté très diverse et cependant unie par des curiosités ouvertes et le goût d'écrire, accessible à travers un portail fonctionnel et vivant. Une immersion rafraîchissante, pleine de découvertes et de favoris en puissance (*). Et rassurante, voire reposante, pour tous ceux que rebutent les dérives ordinaires de blegosphère.
(*) C'est désormais un standard posé par les nouveaux réseaux sociaux : le site permet également de créer ses pages de présentation et d'organiser à la fois un système de favoris et une liste de contacts.
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PS (18/03) : La note sur Monet peut désormais être retrouvée dans la rubrique Culture de Paperblog, section Arts & spectacles.
17:00 Publié dans Humeurs & autres variations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paperblog, blog, Etats-Unis, culture générale
08/01/2008
Atours, grimoire et amitié (A propos de R|B, Mythologies)
Il y a dans la vie des moments magiques parce qu'ils témoignent soudain, au milieu de la suite ordinaire des jours, d'un agencement harmonieux de notre existence à travers la conscience intime que nous prenons alors de sa durée, par l'irruption d'un signe de connivence qui, trouvant son ancrage loin dans le passé, continue miraculeusement de se manifester dans le présent.
Il me faut dire tout d'abord que j'aime Barthes.
Vers 18 ans, faisant d'un retard d'inscription en hypokhâgne l'opportunité d'une année de libre exploration, la lecture de la plus grande partie de son oeuvre a été simultanément une révélation et un plaisir. Révélation d'un nouveau regard sur le monde, plaisir d'une lecture à la fois lumineuse et familière, comme une voix qui trouverait soudain en soi une résonnance singulière.
Le degré zéro de l'écriture, Michelet, Sur Racine, Les essais critiques, Système de la mode, Sade, Fourier, Loyola, Le plaisir du texte, Fragments d'un discours amoureux bien sûr, mais aussi Roland Barthes par lui-même... ces livres-là n'ont pas peu contribué à ce que cette année de libertinage vale mille fois plus qu'une année de voyages (c'est toujours la même histoire : plutôt le risque du décrochage que l'enfer du désenchantement).
Avec ces livres, le commentaire l'emportait sur l'oeuvre et la jouissance du discours sur le plaisir du texte. Créer, avec coeur et, de préférence, avec talent, c'était bien ; commenter, avec intelligence, c'était mieux. Plus encore, par une sorte de peur du vide (au sens de la platitude, de l'insipide, de l'ennui, etc), je fus estomaqué par la densité de Barthes, cette aptitude à saturer de sens un réel qui en semblait pourtant déserté (essayez donc de faire deux ou trois pages dignes sur les saponides et les détergents, le bifteck et les frites ou encore la photogénie électorale). Entre la poésie de Rilke et la mécanique de Sartre, il y avait donc place pour une sorte d'enchantement conceptuel du réel. Après tout, certains chercheurs en mathématiques évoquent bien leur champ d'étude comme un univers infiniment poétique.
L'un de ces textes : Mythologies, publié en 1957, eut une portée et, pour ainsi dire, une saveur particulières. Je peux bien dire que, très vite ici, sa forme, c'est-à-dire sa structure, son appareillage, sa tonalité, sa liberté-même, son intelligence avec le réel, son jeu avec les concepts, se sont imposés à moi comme la référence possible d'un projet d'ouvrage qui entreprendrait, selon une inspiration proche, de décrypter l'Amérique en bousculant la banalité trompeuse des signes qu'elle produit (le steack frites se verrait ainsi transformé en hamburger, Poujade en Huckabee, la nouvelle Citroën en Mustang Bullit, le vin en whiskey, le visage de Garbo en sourire d'Anna Nicole Smith, etc).
A part à un ami américain qui contestait l'idée même d'une culture américaine (encore un francophile), je ne crois pas avoir beaucoup parlé de cette idée. Je ne crois pas non plus, au-delà de ces années de jeunesse et de formation, avoir dit clairement que Barthes fût, sur un plan personnel, à ce point décisif (seule ombre au tableau, mais elle ne fut alors que l'habituelle bêtasse protestation de virilité adolescente : je n'aimai guère apprendre par hasard, après avoir lu les Fragments, que l'auteur fût homosexuel).
Or, je reçois ce matin un petit paquet aux atours prometteurs, malmené juste ce qu'il faut, de son périple transatlantique, couvert de multiples étiquettes, d'inscriptions en tous sens, de signes d'intermédiation divers qui, entre carte de voeux et cartes postales romaines, contient un petit livre. Sur une belle couverture de couleur souris, on lit en lettres argentées : "R|B", puis en dessous, en plus petits caractères : "Roland Barthes, Mythologies". Il s'agit d'une réédition du texte qui, auparavant disponible en Points Seuil, n'avait certes pas l'élégance que lui confère cette réédition de luxe (l'étudiant s'en fiche, l'adulte s'en délecte).
Ce "R|B", qui représente naturellement les initiales de Barthes, figure aussi celles de l'amie à l'origine de l'envoi, ce qui fait que d'un même mouvement on célèbre l'auteur et le passeur, l'intelligence et la connivence, le concept et le commerce, l'objet et le signe, bref, la littérature et l'amitié.
Je vous souhaite, pour cette année et pour celles à suivre, sans limitation de durée, d'aussi heureuses connexions.
21:50 Publié dans Humeurs & autres variations | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : littérature, Barthes, Mythologies, blog, écrire, Amérique, amitié
02/10/2007
Extension du domaine de la vieillesse (arrêter de fumer, c'est mourir un peu)
J'avais bien déjà arrêté une fois, du jour au lendemain. C'était en Nouvelle-Calédonie, fin 2004, à la faveur de quelques jours de congés - pour une fois, sur cette "maudite île" comme diraient les Canadiens avec affection -, entre l'Ile des Pins, la "tribu" de la Vallée des Colons et une virée dans le Grand Sud, pour le Nouvel An. Un soir, sous un grand ciel étoilé, fumant la dernière cigarette de la journée, en se disant, soudain, que ce serait la dernière. On peut toujours jeter un oeil à la méthode d'Allen Carr; mais, entre anecdotes et ratiocinations, la production psycho-paramédicale américaine a vite fait de lasser. Et puis fi des ruses d'un marketing habile s'insinuant dans les recoins de nos faiblesses - de l'habitude que nous avons parfois prise de renoncer à éprouver notre volonté. Car, précisément, tout cela est très simple: il suffit de le vouloir.
Ç'aurait été trop facile, justement. Six mois plus tard, au retour de charmantes retrouvailles diplomatiques, je me forçais à en griller une en rejoignant tranquillement la rive gauche à pied par une douce soirée d'été pour vérifier, à l'épreuve des faits, que l'affaire était bel et bien entendue (le reste irait au mendiant, surpris, qui m'en demanda une et se retrouva, dubitatif, avec le paquet). Mauvaise idée, c'était évidemment une bêtise. D'une cigarette de temps à autre pour le plaisir, on se retrouve vite fait, au bout de quelques semaines, à fumer de nouveau pour de bon. Quitte à reprendre pourtant, autant s'y remettre franchement - au rebours du plaisir gâché qu'y prennent, à la dérobée, quelques fumeurs coupables. On attendrait la prochaine occasion.
Celle-ci finit par se présenter un matin de juin, cet été, au départ d'une escapade à Chicago. C'est qu'il est tout de même préférable de mettre à profit une période de vacance. D'autant plus que les vacances en question s'inscrivaient dans la perspective d'un changement plus large - de pays, de situation, de projets (ce qui n'était, cela dit, pas entièrement favorable en raison des difficultés que produisent aussi des changements tous azimuts de ce type). Mais, là encore, ce n'est pas très difficile. Il faut bien affronter parfois quelques états de manque, qui peuvent être assez puissants mais qui restent généralement ponctuels. Le point clé, par exemple en remettant les pieds dans un café parisien (les coffee shops américains, eux, sont sanctuarisés de longue date) où passent parfois délicieusement, au-dessus des cafés, quelques volutes malicieuses - c'est de rester concentré.
Se remettre à courir ne nuit pas - au contraire ! Cela aère l'esprit, libère les tensions et finit par s'imposer à la fois comme une source de plaisir et une hygiène de vie. Beaucoup des effets physiologiques associés à l'arrêt du tabac ne sont pas évidents ; à moyen terme, il faut d'ailleurs compter, de mémoire, cinq ans pour revenir à un risque cardio-vasculaire normal, et dix pour retrouver les poumons d'un non-fumeur. S'il est un gain assez rapide pourtant, c'est bien celui qui permet de doubler, sans grande peine, en l'espace de deux ou trois semaines, la distance de référence des trois ou quatre footings hebdomadaires.
Le problème est que l'on troque dans cette affaire une série de gains globalement assez abstraits contre un ensemble de plaisirs entrelacés et concrets qui accompagnent bien des situations, le plus souvent agréables, de la vie. Travailler, écrire, réfléchir, inventer, prendre un café, faire une pause, regarder la pluie tomber, discuter à bâtons rompus - tout cela, sans fumer, fait perdre à ces moments une part non négligeable de leur intensité, une intensité à la fois créatrice et apaisante.
Est-ce donc une si bonne idée de s'économiser ? D'envisager soudain la vie davantage comme un capital que comme une dépense ? Quel est donc cette comptabilité d'apothicaire, cette rétention de radin ? Ce capital anonyme qui finit par mourir s'il ne sait laisser de traces ? Dom Juan : "Il n'est rien d'égal au tabac : c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre".
Bien sûr, cette extension contemporaine du domaine de la vieillesse ne s'envisage pas indépendamment de ceux qui sont autour de nous, qui comptent et pour lesquels nous valons un peu. Il n'en reste pas moins ceci de commun avec les "repentis" des bandes mafieuses : ce curieux sentiment de tristesse qui prend parfois en repensant aux jours heureux, brûlés avec impatience et au cours desquels, en effet, il n'y avait guère de fumée sans feu.
04:05 Publié dans Humeurs & autres variations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tabac, tabagisme, arrêter de fumer, santé, footing, Dom Juan
07/09/2007
Persoweb (3) Découvertes
Un dernier mot à ce sujet pour partager avec vous quelques découvertes parmi les blogs nominés au concours, blogs que vous pouvez retrouver en cliquant sur le logo Persoweb ci-joint. 600 blogs ont été passés en revue par le jury et 30 ont été retenus, soit 5 blogs sélectionnés dans chacune des 6 catégories, chaque catégorie devant au final élire un blog au terme du scrutin qui prend fin aujourd'hui.
Dans la catégorie "Expression artistique", pas de réel coup de coeur, mais un intérêt égal pour trois sites très différents - Les minutes célibataires, Grenier à grain et Everland - qui, chacun dans leur style respectif, portent une véritable identité graphique ou créative.
Côté "Loisirs et voyages", il y a un vrai plaisir à se plonger dans A Berlin et Sous nos pieds avec une prime, respectivement, à l'esthétique élégante de Berlin et au concept poétique des Pieds.
Dans la catégorie "Actualité - journalisme", un coup de coeur pour Le Blog du Chi - sans doute mon préféré sur l'ensemble de la sélection - qui associe liberté de ton et humour décapant, ainsi qu'un faible pour La tête dans le poste, sorte d'Arrêt sur image de la blogosphère.
La catégorie "Citoyenneté et vie quotidienne" fait s'arrêter sur Le rose et le noir, un regard à la fois lucide et entraînant, et surtout sur Le blog de Firmin, une aventure singulière qui n'est pas sans allure, peut-être l'une des plus émouvantes de l'ensemble.
Côté "IT/Techno", un faible pour le grain de folie de Narcissique Blog et pour le cachet trendy en diable et très professionnel de TrendsNow. Chez les "Juniors", un coup de coeur pour Tokyo Megaplex ; un faible aussi pour le côté terriblement ado de Mallo bmpg.
That's it. Avec un peu de temps en plus, il serait intéressant, de l'avis de plusieurs internautes, d'élargir la revue à l'ensemble des blogs présents au concours. Comme dirait Pirsig dans son Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes (j'avais affiché la citation en khâgne, le moins qu'on puisse dire est qu'elle avait laissé tout le monde perplexe), "ce sont les meilleurs élèves qui échouent aux examens".
19:42 Publié dans Humeurs & autres variations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : persoweb, blogs, journalisme, voyages, zen, khâgne
28/08/2007
On ne joue pas perso sur le web
Juste un mot pour vous informer que ce blog vient d'être nominé par le jury Le Soir / RTL pour le concours "Persoweb" qui, pour la deuxième année consécutive, récompense une sélection de blogs personnels. Pour découvrir quelques blogs et participer au vote organisé sur le site Persoweb du 27 août au 7 septembre, vous pouvez cliquer sur le logo ci-pour. Ou ci-contre. Comme vous le sentez, en fait.
08:20 Publié dans Humeurs & autres variations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, internet, concours, persoweb, le Soir, RTL
29/06/2007
Faites-vous même votre malheur...
"Il était une fois, au coeur de l'Europe, un vaste empire. Il se composait d'une telle multitude de cultures si différentes les unes des autres que nulle solution de bon sens n'était jamais envisageable à un quelconque problème ; de telle sorte que l'absurde y devint le seul mode de vie possible (...) Ce grand empire, poursuit Watzlawick, n'est plus aujourd'hui qu'un pays minuscule. Mais l'absurde est resté le point de vue de ses habitants sur l'existence, l'auteur des quelques pages qu'on va lire ne faisant pas exception à cette règle. A leurs yeux, la vie est désespérée, mais elle n'est pas grave. Comment souhaiter meilleurs conseillers à ceux qui désirent apprendre à faire eux-mêmes leur malheur ?".
Le résultat de cette rencontre entre l'ironie magyare et la psychothérapie américaine ? Un petit livre éclairant sur les mille et une manières de voir les choses en noir, non en amateur, mais en véritable professionnel du malheur. Et qui prend, du moins en apparence, et toujours avec malice, le contrepied de l'abondante littérature du bonheur. "Etre malheureux est certes à la portée du premier venu. Mais se rendre malheureux, faire soi-même son propre malheur sont des techniques qu'il faut apprendre".
Commençons, nous dit l'auteur, par choisir non le monde tel qu'il est, mais tel qu'il devrait être. Notre spécialiste du malheur est avant tout en effet un spécialiste du refus. " Dans son effort pour être loyal avec lui-même, il devient l'esprit qui toujours nie, car ne pas nier serait se trahir soi-même. Le simple fait qu'un tiers lui recommande quelque chose devient la raison même de le rejeter". Et d'en profiter pour proposer cette définition de la maturité, présentée comme "la capacité de faire quelque chose malgré le fait que vos parents vous l'ont recommandé".
Il est tout aussi efficace, pour assurer son malheur, de jouer avec son passé, en commençant par le glorifier. Ah ! Le bonheur de raviver les amours perdues, en résistant "à la voix de la raison, à celle de ses propres souvenirs et de ses amis bien intentionnés qui, les uns comme les autres, proclament que cette relation était depuis longtemps désespérée et qu'on s'était même, à plusieurs reprises, demandé comment échapper à cet enfer".
Dans le même registre, on pourra également s'appuyer sur le principe, bien connu des familiers de Palo Alto, selon lequel "il suffit d'insister" - principe dont l'auteur n'hésite pas à faire "l'une des recettes les plus assurément désastreuses mises au point sur notre planète sur des centaines de millions d'années". Le secret ? Vouloir conserver à tout prix les solutions qui, jadis, ont fait leurs preuves. Or, "la nécessité vitale de l'adaptation fait apparaître des comportements spécifiques dont le but, dans l'idéal, est de permettre la meilleure survie possible sans souffrance inutile. Mais, conclut Watzlawick, pour des raisons encore mal élucidées, l'homme, comme les animaux, a tendance à considérer ces solutions comme définitives, valides à tout jamais". Une autre façon de nommer les névroses ? Qu'importe le terme, pourvu qu'on ait l'effet.
Et que dire de celui qui, voulant accrocher un tableau, constate soudain qu'il n'a pas de marteau et se propose d'aller emprunter celui du voisin. "Mais voilà qu'un doute le saisit. Et si le voisin s'avisait de me le refuser ? Hier, c'est tout juste s'il a répondu à un vague signe de tête quand je l'ai salué....". Commence ainsi une construction, disons plutôt une instruction, purement imaginaire qui se termine par un magistral : " Il s'imagine sans doute que j'ai besoin de lui. Tout ça parce que Môssieu possède un marteau. Je m'en vais lui dire ma façon de penser, moi !". Une technique d'interprétation qui ne laisse, à vrai dire, pas plus de chance à l'autre de s'en sortir qu'à la relation de s'épanouir.
De la "poignée de haricots" utilisée contre les fantômes à la "poudre anti-éléphants", en passant par les obsessions d'une vieille fille pour de supposés attentants à la pudeur, les recettes du puritanisme ordinaire et, naturellement les ressources de l'injonction paradoxale ("sois spontané !", ou mieux, "sois heureux !"), ce petit livre fourmille d'anecdotes savoureuses qui démontrent, pour la plupart, que l'important, aux yeux de celui qui s'attache consciencieusement à faire son malheur, n'est pas la réalité, mais l'idée qu'il s'en fait. Plus encore, ajoute Watzlawick : "Une idée, pour peu qu'on s'y accroche avec une conviction suffisante, qu'on la caresse et la berce avec soin, finira par produire sa propre réalité".
Rien ne vaut pourtant les Professionnels de la Démolition des Relations (PDR) qui prospèrent dans la confusion, mise en évidence par Bertrand Russel, entre les déclarations sur les choses et les déclarations sur les relations - toujours contenues, nous dit Gregory Bateson, dans toutes les communications humaines. Essayez donc, recommande notre maître en complications de toutes natures, un : "Non, je n'aime pas cette recette, ma chérie, mais je te remercie vraiment de l'avoir préparée...". N'en déplaise aux spécialistes de la communication, nous ne possédons qu'un seul language pour ces deux niveaux d'expression, et il nous faut bien faire avec.
Ce que les PDR préfèrent reste pourtant ce que l'on appelle "l'alternative illusoire". Celle-ci consiste à offrir à son vis-à-vis le choix entre deux possibilités. Dès qu'il en choisit une, on peut ainsi lui reprocher de ne pas avoir choisi l'autre... Une technique dont les mères juives, paraît-il, ont acquis une maîtrise incomparable.
Poussons la logique de tout ceci à son terme avec Marx (Groucho) : "Il ne saurait être question pour moi d'appartenir à un club qui s'aviserait de m'accepter comme membre". L'amour, sur ce plan là aussi, fournit bien des ressources de premier plan. Sartre : "L'amant demande le serment et s'irrite du serment. Il veut être aimé par une liberté et réclame que cette liberte comme liberté ne soit plus libre". Il y a sans doute, qui plus est, quelque chose qui ne tourne pas rond chez ceux qui s'ingénieraient à nous aimer - il suffit, pour s'en convaincre, de ne s'estimer guère. Plus généralement d'ailleurs, tout mouvement vers autrui et, plus encore, tout altruisme, ne possèdent-ils pas un mobile caché ?
On connaît l'aphorisme d'Oscar Wilde : "Il est deux tragédies dans l'existence : l'une est de ne pas réaliser son rêve ; l'autre est de le réaliser". Dans un monde qui valorise sous toutes ses formes le fait "d'arriver", continuons donc de privilégier les buts sublimes aux objectifs raisonnablement accessibles, selon une recette qui produit inmanquablement ses effets. Bref, gardons-nous donc d'arriver. Et pourquoi sinon Thomas Moore aurait-il baptisé sa lointaine île du bonheur "Utopia" - littéralement, nulle part ?
19:58 Publié dans Humeurs & autres variations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, relations, psychologie, bonheur, absurde, relations amoureuses, utopie
11/04/2007
Un homme à la mer (le holisme est-il soluble dans la blogosphère ?)
Ainsi que je l'ai laissé entendre ici ou là précédemment, il devenait difficile de continuer à mener de front sur un même support des contenus de nature très hétérogène, sur le fond comme sur la forme, en particulier des réflexions ouvertes et des récits plus personnels, et cela conjointement avec le développement de notes à vocation plus professionnelle.
Ce blog a donc démarré une phase de réorganisation, qui s'étalera probablement jusqu'à la fin avril. Cela ne devrait pas affecter la poursuite de la publication des notes - tout au plus la ralentir un peu comme c'est le cas depuis quelques jours, mais apportera à leur agencement quelques modifications substantielles.
L'objectif de ces trois ou quatre derniers mois a été de créer, puis de développer un espace de communication propre à la faveur d'une période de transition privilégiée. Cet objectif atteint (pm. avec en cumul, depuis la création de ce blog fin 2006, environ 6000 visites dont 45% de visiteurs uniques, et près de 20000 pages consultées), il est à présent d'assurer une plus grande cohérence interne et une meilleure lisibilité des contenus.
A ce stade, la réflexion n'a pas encore pleinement abouti. L'architecture d'ensemble pourrait toutefois se clarifier autour d'une redistribution des contenus entre trois blogs distincts, chacun avec sa charte éditoriale et graphique propre (dans les limites, pour ce dernier point, des fonctionnalités que propose le système développé par Blogspirit).
L'un, "New world, new deal" (American Notebook), devrait conserver son statut de carnet de bord, se caractérisant par une curiosité et une réflexion ouverte sur les changements en cours et la recherche de réponses neuves à cette "nouvelle donne". Il continuera, dans cette perspective, à s'intéresser en particulier aux questions politiques ou de société, en faisant un sort à des lectures, essais ou romans, qui me paraîtront apporter un éclairage utile.
Je n'ai pas encore statué sur le fait de savoir si les rubriques dédiées à la communication ou au management y seront maintenues. Si c'est le cas, ce sera alors sous un angle personnel s'autorisant une plus grande liberté de ton que cela n'est généralement d'usage dans le monde professionnel . Il aura, comme les deux autres blogs, chacun sous un angle propre, l'expérience américaine en cours pour fil conducteur.
Un deuxième blog devrait réunir les récits de nature plus personnelle, sur un mode résolument plus libre - ce principe s'appliquant aussi bien aux sujets retenus qu'aux formes expérimentées. Ces récits, qui seront agencés par thèmes et s'inspireront notamment de divers épisodes biographiques, seront regroupés sous des intitulés généralement plus exotiques que ce ne sera le cas sur "New world, new deal".
Si ce dernier se définit comme un carnet de bord essentiellement axé sur les contenus, le second blog s'apparentera alors à un atelier plus personnel, volontiers plus intimiste, plus attentif aux questions de forme aussi - une sorte de "plaisir du texte" si l'on veut, qui représente sans doute la part la plus ludique et la plus créative de l'ensemble.
Un troisième blog enfin, en cours de finalisation, aura vocation, quant à lui, à servir de support à une activité de consulting en réunissant l'essentiel des contributions consacrées à la communication et au management - j'entends ici, pour l'essentiel, sous ce terme générique les questions de ressources humaines abordées non sous l'angle de l'administration des politiques sociales, mais sous celui du pilotage humain des organisations.
Il s'agira ici sur le fond à la fois de capitaliser sur l'expérience acquise ces douze dernières années dans ces domaines, tout en poursuivant une réflexion ouverte sur les évolutions qui me sembleront riches de nouveaux développements pour l'entreprise, notamment en matière de leadership, de conduite du changement et de gestion des crises. Quant à la forme, je m'y abstiendrai naturellement de notations trop personnelles (les notes de management qui y seront reclassées seront ajustées en ce sens) tout en m'efforçant d'y préserver une approche singulière associant la réflexion et l'action, aspects opérationnels et plus exploratoires.
Je n'exclus pas, chemin faisant, que l'un ou l'autre de ces trois blogs finisse par dessiner la base d'une publication distincte, qui pourrait ainsi prendre la forme, selon le cas, d'un carnet de voyage, d'un récit ou même d'un manifeste. Nous verrons bien à l'usage.
Voilà, quoi qu'il en soit, pour les grandes lignes d'une réorganisation qui n'aura donc pas pour effet de supprimer des contenus en cours de route, mais de les organiser différemment, en les développant chacun selon leur logique et leur finalité propres : faire réfléchir, divertir, proposer.
Pour avoir commencé de l'expérimenter concrètement, il me faut ici préciser, sur un plan plus technique, que cette réorganisation s'accompagnera de modifications involontaires liées à l'architecture de la plateforme sur laquelle, après avoir envisagé différentes hypothèses, j'ai choisi, pour l'heure, de continuer à développer cet ensemble de blogs (sans écarter pour la suite une migration, au moins partielle, vers une autre plateforme dans une logique éditoriale).
Il s'agira, pour l'essentiel, de la suppression de certains commentaires, que je ne peux malheureusement pas importer sur un autre site en même temps que les notes, et de la reprise antidatée d'articles qui ne peuvent en effet, avec le transfert en cours, conserver leurs dates de publication initiale. Quant aux éventuelles "redites", elles devraient être évitées, sauf dans le cas où il s'agira d'aborder un même sujet à travers des angles différents d'un blog l'autre - ce qui, en soi, peut d'ailleurs constituer un exercice de style intéressant.
Il me vient, pour conclure cet avis de travaux, l'idée que si cet ensemble de contenus s'apparentait à une famille, alors "Life is beautiful" serait, comme disent les spécialistes de l'analyse transactionnelle, le site "enfant libre" dont le terrain de prédilection serait le jeu et l'expérimentation, "New world, new deal" le site "adulte" (bien que distinct des contenus généralement associés à ce qualificatif...) dédié à une activité de réflexion, si j'ose dire, équilibrée, et "Oliver & Compagnie" le site "parent", plus orienté, quant à lui, vers la norme et l'action.
On pourrait également y voir trois stades de développement - enfant, adolescent, adulte - compris ici non comme stades de conscience distincts et hiérarchisés, mais comme des sources d'inspiration complémentaires, de même statut, entre lesquelles il me serait ainsi possible de naviguer dans une approche "holistique", pour reprendre l'évocation du courant de pensée sur lequel s'appuie Maurice Lévy dans son récent ouvrage sur la communication, organisant la nécessité de la cohérence sans s'interdire les ressources d'une approche plurielle (de fait, l'approche holistique se définit comme un "processus créatif fluide" (...) aboutissant à ce que le tout représente plus que la simple somme des parties qui le constituent).
Une façon comme une autre, malgré tout, de concilier travail et plaisir, efficacité et exploration, devoir et liberté. Une façon aussi de conserver, au-delà de la séparation des contenus et des approches, une forme d'unité dans la diversité qui a constitué, à mes yeux, l'un des aspects le plus difficile mais aussi le plus intéressant de cette expérience.
Bref, encore quelques jours, et l'on devrait y voir plus clair... N'hésitez pas, de votre côté, à me faire part de vos réflexions sur ce nouvel agencement : on apprend largement "en marchant" sur ces sujets, et je suis sûr que vos remarques m'aideront à mieux finaliser tout cela.
Ceci encore : dans cette période singulière, je remercie tous ceux d'entre vous qui m'ont apporté leur soutien, leurs encouragements et leurs idées dans cette nouvelle aventure éditoriale, sous la forme soit de commentaires, soit d'e-mails, soit encore de propos directs. Si j'ai fini par ne pas répondre systématiquement à ceux qui ont animé le blog de leurs commentaires, c'est qu'il m'a semblé, à un moment donné, que ceux-ci commençaient à vivre de leur propre vie - impression, soit dit en passant, tout à fait réjouissante. J'ajoute, mais est-il besoin de le préciser, que j'ai toujours lu ces commentaires avec beaucoup d'attention.
J'essaierai par la suite de me montrer à la hauteur du plaisir ou de l'intérêt qui a parfois été tiré de ce drôle de carnet de bord, dont l'étymologie renvoie aux carnets de route des marins et dont la forme du blog s'est inventée, il y a une dizaine d'années, outre-Atlantique. Un homme à la mer ? Ah, elle commence bien cette America Cup.
23:05 Publié dans Humeurs & autres variations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, blogs, blogosphère, sites adultes, Maurice Lévy
12/03/2007
Hâte-toi de transmettre... (ceci n'est pas une note sur la fiscalité des successions)
Toute nouveauté, dit Canetti, a besoin d'impatience pour naître.
Bien sûr, beaucoup de de projets nécessitent du temps. Le temps de se former, le temps (souvent impatient lui aussi, et mal assuré), de faire ses premiers pas dans la vie adulte, le temps de s'installer, le temps de bâtir. Bientôt même, et de plus en plus tôt, le temps de préparer de plus vieux jours sur un modèle qui sera d'ailleurs de moins en moins celui de la retraite (le droit de recevoir, en retrait du monde) que de la séniorité (la disponibilité à donner, active dans la société).
Mais, même si, d'agendas en factures, de rites en échéances, de plannings en saisons, nous finissons par dissoudre, dans les travaux et les jours, la conscience du plus fondamental de nos biens, oubliant que nous sommes toujours plus libres que nous ne le pensons, le temps nous est compté. Il y a peut-être des limites à l'aventure ; mais il y a moins d'obstacles à l'exercice de notre liberté que nous ne le pensons d'ordinaire.
A la vérité, notre capacité à réduire, d'années en années, le champ des possibles, constitue sans doute le plus vertigineux de nos renoncements.
Je crois au surgissement d'idées et de projets entraînants, de ceux qui, nous ayant souterrainement accompagné pendant de longues années, s'infléchissant, se métaphorphosant à l'occasion d'expériences inédites, de succès mais aussi d'échecs et de deuils, de nouvelles lectures, d'autres rencontres, finissent par s'imposer comme une nécessité de faire, d'entreprendre, de tenter - d'y aller.
La nouveauté pour soi n'est-elle pas, bien souvent, que l'identification attentive de ce que nous portons en nous de longue date ?
Nous sommes tout pleins de nos rêves (encore que ce soit aujourd'hui davantage de nos fantasmes) de ce qui nous a fait vibrer, vivre avec intensité - et dont voulons croire qu'il finira bien un jour par advenir. Nous faisons pour cela montre d'abord d'un honorable souci de nous organiser, puis nous nous en remettons au cours des choses avant, pour finir, de renoncer, un mince sourire aux lèvres.
Les années passent, et nous perdons cette relation vivante à la réalisation de soi, pourtant essentielle au sentiment que nous aurons d'avoir, ou non, accompli notre vie.
"Hâte-toi de transmettre ta part de merveilleux, de rébellion, de bienfaisance, car effectivement, tu es en retard sur la vie" dit René Char.
Il n'est pas trop tard.
05:15 Publié dans Humeurs & autres variations | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : réalisation de soi, retraite, formation, liberté, temps



