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28/07/2007

Los Angeles... (3) Mulholland Drive

Intérieur, extérieur : au Getty Center (J. Paul Getty Museum), déambuler sur un site plus qu'entrer dans un musée, en rapprochant le travail de Richard Meier de celui de Renzo Piano pour le Centre Tjibaou : même nécessité de s'immerger dans un lieu plutôt que d'ériger un bâtiment (d'ailleurs, à certains égards, Nouméa est une petite Los Angeles).

Monter, descendre, divaguer ; traîner sur les terrasses, se pencher sur la ville. Traverser le musée en ne prêtant qu'un oeil distrait, presque ennuyé, au fatras des collections décoratives du XVIIIe. Comme toutes les constructions réussies, le Centre, au bout d'un moment, transmet une paix profonde comme s'il transmuait, par un courant ascendant au droit de Sepulveda Pass, la tension sexuelle des plages et des studios qui le flanquent de part et d'autre en communion New Age.

Seules quelques oeuvres pourtant sont à la hauteur du cadre : une poignée de toiles italiennes des XIV et XVe siècles - un Saint-Luc de Martini, Une Adoration des Mages de Mantegna, un Saint-Jérôme dans le désert, étonnament romantique, de De Roberti. Il faut y ajouter le réalisme noir d'une Mise au tombeau de Rubens, et la cruauté imbécile, saisissante, du Beggars' Brawl (une querelle de mendiants) de Georges de la Tour. Le croira-t-on ? Les Rembrandt paraissent empâtés, et les Cézanne lourds.

Mais il y a, avec Les Iris, un sublime Van Gogh - c'est une toile de la convalescence à Saint-Rémy, noueuse et jaillissante - que l'on peut tenter de regarder entre les poses de touristes encombrants, et aussi le défilé peinturluré et grinçant de L'entrée du Christ à Bruxelles de James Ensor. On découvrira aussi, au détour d'un salon de dessins du XIXe, un éblouissant portrait de femme de Seurat, tout en opposition de rayures noires et de blancs évidés que, curieusement, le musée n'intègre pas dans la sélection de ses pièces principales. C'est d'ailleurs en réaction tant à la technique qu'à la vision du monde proposée par Seurat dans Un dimanche après-midi sur l'île de la Grande Jatte qu'Ensor commis son Christ à Bruxelles.

Pour quitter le musée, prendre la promenade qui longe la ligne du tram, récupérer la voiture en contrebas de la colline, puis reprendre la direction du sud. En chemin, voir apparaître la plaque signalétique de Mulholland Drive et s'engouffrer dans la montée étroite qui surplombe Topanga State Park. Mulholland Drive... Suivre la route jusqu'au Runyan Canyon Park, y faire quelques pas à l'écart de la promenade jusqu'à un tas de palettes pourries et de gros cailloux qui bordent un chemin de traverse près d'une cabane de fortune. La vue de toute cette partie de la ville, tendue vers la Baie de Santa Monica, finit par se dissoudre dans le lointain par la conjonction de la chaleur brûlante et de la pollution, qui dessinent ensemble une longue barre de brume fine et vaporeuse sur la ligne d'horizon, et masquent même la mer.

En redescendant, se laisser dériver vers Hollywood Reserve, après une petite butte résidentielle protégée de l'ardeur du soleil par une épaisse couverture végétale de grands arbres plats, y croiser une biche arpentant le maquis, puis revenir par l'est d'Hollywood vers Beverly Hills. A l'hôtel, suite de Cinema Paradiso : se laisser tenter par Hannibal Rising, dans une sorte de stéréo démoniaque avec la lecture des Bienveillantes ; puis par le souvenir captivant du Parfum, dont j'avais conservé l'ivresse en oubliant les morts. Ivresse pour ivresse, autant terminer la soirée par un Martini cocktail au bord de la piscine, dans une ambiance trop lounge pour ne pas, elle aussi, faire un peu de cinéma (on y tournait d'ailleurs un commercial l'après-midi). Mais comment y échapper, ici ?

27/07/2007

Los Angeles Drive (2) Horse With No Name

De West Olympic Boulevard, remonter vers Burbank en laissant les embouteillages de la San Diego Freeway à hauteur de U.C.L.A, au pied des Santa Monica Mountains. Faire un détour par l'Université (Weber, qui en fut le dean, est mort en mai dernier) qui s'étale sur un immense parc en forme de pièce de puzzle au bas des riches collines de Bel Air, dont il se trouve juste séparé par Sunset Boulevard.

Une succession de petits squares s'y égrène au long d'allées rectilignes et ombragées, qui descendent vers Gayley et Veteran Avenue, et de grands bâtiments de pierres et de briques d'allure romaine. La lumière ici, biseautée par l'inclinaison du site et le plus souvent tamisée par de grands arbres centenaires, est très douce. On dirait une cité dans la ville, au coeur de la ville et cependant protégée de son agitation par l'enclave encaissée qu'elle forme sur les pentes résidentielles de Westwood Village.

Remonter la plus grande partie de Sunset, tourner dans Fairfax Avenue et prendre Hollywood Boulevard. A Los Feliz, s'engager sur Fern Dell Drive, qui serpente doucement sur le flanc de la colline, puis s'engager dans Griffith Park. Longer le Greek Theater et pénétrer dans la forêt, aussi verte aux cîmes que sèche au sol. Une aridité qui, au-delà du parc, donne une coloration beige et jaunâtre à des pans entiers de L.A., au long des autoroutes, sur les buttes inhabitées, près des zones industrielles et des entrepôts de marchandises ; un air de ville perdue, une allure d'enclave de Far West qui lutterait souterrainement contre le désert en rodant autour de la munificence verdoyante des quartiers chics de l'Ouest.

Suivre la petite route en lacets sur West Side qui, un peu plus haut, s'ouvre en entonnoir sur la ville, au-delà d'Hollywood, vers Hancock et West Adams, au-dessus d'un vallon échancré recouvert d'une végétation de maquis haute et dense ne laissant guère apparaître, à certains endroits, que les toits et les piscines des quelques villas incrustées sur la pente. Plus bas, c'est le Hollywood résidentiel ; c'est de l'autre côté, vers le nord, que s'étage le Hollywood de Studio City.

Traverser lentement le parc sur la rythmique de Papa Was a Rolling Stone. Se laisser descendre vers Barham Boulevard, sortir du parc. Faire la boucle de Burbank par le nord-est, régler un problème de voiture en passant (façon cowboy comme il se doit, s'agissant d'un problème de monture chez Alamo), et filer au Getty par la 405, sur l'air de Horse With No Name :

"The heat was hot and the ground was dry / But the air was full of sound / I've been through the desert on a horse with no name...".
Sentir, en passant, dans la chanson d'America, toute la poésie vibrante des Seventies qu'aurait fait oublier, pour un peu, les basses diaboliques des rappeurs de L.A.

Los Angeles Drive (1) Glamour, bar et nuitée

Attraper, en pleine nuit, un vol de Skybus à destination de L.A un jour avant la fashion team dans une sorte de quarantaine furtive. Après les Grandes Plaines, survoler les montagnes arides du Nouveau Mexique et de l'Arizona, à peine ponctuées ici ou là de quelques champs en forme de cercles aux verts prononcés qui tranchent sur les grandes masses grisâtres alentour. Puis, couper le Colorado et plonger sur la ville, vaste cuvette cerclée de montagnes et ouverte, au loin d'El Pueblo de la Reina de Los Angeles, sur la mer.

Descendre de Burbank en Prius par le Hollywood Way. Se perdre aux confins de Pasadena sur Glendale, puis se laisser happer par le tapis mouvant des voitures qui courent au long des immenses freeways de la ville. Plonger dans la 134 West, enchaîner sur la 405, direction San Diego, et bifurquer vers West Olympic Boulevard.

Descendre à l'Avalon en songeant au glamourous Hollywood des années 50, et à Marylin qui y séjourna : ce charmant hôtel des fifties situé en plein Beverly Hills, à deux pas de Rodeo Drive, a été complètement rénové - ambiance trendy et délicieusement cool -, étalant ses deux ailes comme des coques autour du noyau central formé par la piscine, bordée de patios et de hauts massifs de bambous s'échappant vers l'azur dans un environnement de verts pâles et de blancs éclatants, sous une chaleur de plomb.

Remonter les transversales résidentielles de Berverly Drive en coupant Charleville et Dayton au long des grandes allées de palmiers qui bordent les vastes haciendas ombragées et les villas néo-classiques du quartier. Prendre Sunset boulevard jusqu'aux Vanity Boards, puis repiquer vers l'Ouest, sur l'air de LA Woman des Doors sur K-Earth, en fonçant à travers Westwood et Bel Air. Serpenter à travers Las Palisades en descendant vers Santa Monica. Là, retrouver le Pacifique au soleil couchant en remontant la longue plage jusqu'au Pier, face à l'océan. Pousser jusqu'à Venice en passant devant Hotel California (...) et revenir par Santa Monica Boulevard.

Dîner au bar du Fornaio. A l'hôtel, démarrer une cure de cinéma avec "300" de Zack Snyder. Interrompre le film pour tapage nocturne à cause de l'amplification du raffût de la bataille des Thermopyles dans le dolby surround system. Puis replonger dans cet affrontement enragé en atténuant le râle des morts achéménides des chuchotements de l'épouse de Leonidas à l'oreille de son Roi. Songer qu'avec la perte du sentiment d'éternité des Anciens, nous avons perdu, peut-être pas le sens de l'honneur, mais en tout cas celui de la gloire - et le courage du même coup.